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Le syndrome de Koolen-de Vries (KdVS) est une maladie génétique rare, de transmission autosomique dominante, qui affecte de nombreux organes (maladie multisystémique). Il se caractérise typiquement par un retard du développement (moteur et intellectuel) de degré léger à modéré, une hypotonie musculaire (faible tonus) notable dès la période néonatale, des dysmorphies faciales caractéristiques, et divers troubles médicaux associés. La plupart des individus atteints présentent une personnalité décrite comme joyeuse, amicale et sociable, ce qui contraste parfois avec leurs difficultés sur le plan cognitif. Le KdVS a d’abord été identifié en 2006 comme le syndrome de microdélétion 17q21.31, avant la découverte en 2012 du rôle clé d’un gène appelé KANSL1 dans ce syndrome. Sa prévalence exacte est mal connue ; une estimation propose environ 1 cas sur 16 000 naissances, mais il est probable que le syndrome soit sous-diagnostiqué chez des personnes porteuses de déficience intellectuelle non expliquée. Orphanet indique par ailleurs une fréquence de ~1/55 000 pour la microdélétion 17q21.31, soulignant la rareté du KdVS.
La présentation clinique peut varier d’un patient à l’autre, mais plusieurs caractéristiques communes définissent un tableau typique :
Hypotonie néonatale : dès la naissance, le nourrisson a un tonus musculaire diminué, ce qui entraîne souvent des difficultés de succion et d’alimentation. Des troubles de l’alimentation sévères peuvent nécessiter une sonde nasogastrique temporaire chez certains nouveau-nés. Une trachéomalacie/laryngomalacie (souplesse anormale des voies aériennes) est également fréquemment rapportée, pouvant causer des difficultés respiratoires.
Retard du développement psychomoteur : tous les enfants KdVS présentent un retard dans les acquisitions motrices et cognitives, variable en sévérité. Les premiers pas sont souvent tardifs (vers 2-3 ans), et le langage oral se développe avec un retard marqué : la parole émerge généralement après l’âge de 3-4 ans. Une apraxie de la parole et une hypotonie oro-motrice contribuent à ce retard important du langage. La plupart des patients auront au final une déficience intellectuelle légère à modérée à l’âge scolaire, avec des besoins éducatifs particuliers.
Caractéristiques faciales distinctives : bien que subtiles, certaines dysmorphies évocatrices sont souvent présentes. On note typiquement un visage allongé avec un front haut et large, des paupières tombantes (ptosis) et des fentes palpébrales légèrement orientées vers le haut ou en bas selon les cas. D’autres traits incluent un blépharophimosis (ouverture palpébrale réduite) avec épicanthus (plis de peau au coin interne de l’œil), un nez bulbeux en forme de poire, et des oreilles proéminentes. Ces particularités faciales, bien que discrètes, peuvent aider le clinicien à suspecter le syndrome.
Anomalies congénitales multiorganiques : le KdVS peut s’accompagner de malformations touchant différents organes. Environ 25 à 50 % des patients présentent une malformation cardiaque – par exemple une communication interauriculaire ou interventriculaire (trou dans les cloisons du cœur) ou d’autres défauts septaux. Des anomalies rénales ou urologiques (rein unique, reflux vésico-urétéral, malformations des voies urinaires) sont également retrouvées dans 25 à 50 % des cas. Chez les garçons, on observe fréquemment une cryptorchidie (testicules non descendus à la naissance) nécessitant un suivi en chirurgie pédiatrique.
Autres manifestations : environ un tiers à la moitié des individus KdVS ont des crises d’épilepsie durant l’enfance, débutant souvent avant 5 ans. Les troubles musculo-squelettiques incluent une hyperlaxité ligamentaire (articulations trop souples) souvent marquée dans l’enfance, parfois un pectus excavatum (sternum enfoncé), des anomalies de la colonne vertébrale (scoliose) ou des pieds bots et autres déformations positionnelles des extrémités. Une stature un peu réduite est signalée chez certains, de même qu’une hypermétropie (vision floue de près) nécessitant le port de lunettes précoces.
Malgré ce socle commun de symptômes, il existe une réelle variabilité phénotypique. Certains enfants marchent et parlent plus tardivement que d’autres, et la sévérité des malformations peut aller de mineure à significative selon les individus. Cette variabilité peut conduire à des errances diagnostiques : par exemple, un patient adulte atteint du KdVS a été initialement diagnostiqué à tort comme souffrant du syndrome d’Ehlers-Danlos en raison de son importante hyperlaxité articulaire, avant qu’une analyse génétique ne révèle la microdélétion 17q21.31 confirmant le syndrome de Koolen-de Vries. De même, chez le nouveau-né hypotonique avec difficultés d’alimentation, le diagnostic de syndrome de Prader-Willi peut être évoqué en premier lieu (hypotonie néonatale commune aux deux maladies) avant que les tests génétiques n’infirment cette hypothèse. Il est donc crucial d’évoquer le KdVS devant toute association de retard global, dysmorphies faciales évocatrices et anomalies congénitales, afin de prescrire les examens appropriés.
Le diagnostic de certitude du syndrome de Koolen-de Vries repose sur les tests génétiques identifiant l’anomalie en cause. En pratique, face à un patient présentant un tableau clinique évocateur, le médecin généticien prescrira :
Une analyse chromosomique sur microréseau (array CGH ou CMA) : cet examen de biologie moléculaire permet de détecter de petites pertes de matériel génétique. Il met en évidence chez ~60 % des patients KdVS une microdélétion 17q21.31 d’environ 500 à 600 kilobases, région qui inclut le gène KANSL1. À noter que cette délétion est invisible au caryotype standard (technique de bandes G) du fait de sa petite taille – d’où l’importance des analyses par microarray en cas de suspicion clinique.
Un séquençage génétique ciblé : si aucune délétion n’est retrouvée à l’array CGH, il convient de rechercher une mutation ponctuelle du gène KANSL1. Environ 40 % des individus atteints présentent en effet une mutation hétérozygote pathogène de KANSL1 (le plus souvent une mutation de novo entraînant un codon stop ou un décalage du cadre de lecture) à l’origine du syndrome. Cette analyse peut se faire soit par séquençage Sanger du gène KANSL1 ciblé, soit via un panel de gènes associé aux déficiences intellectuelles, ou encore par séquençage complet de l’exome selon les cas. Dans une famille où le diagnostic de KdVS est posé chez un enfant, une offre de diagnostic prénatal peut être discutée pour les grossesses futures à risque.
Par ailleurs, un bilan d’imagerie et de spécialités est souvent réalisé une fois le syndrome suspecté/confirmé, afin d’évaluer l’étendue des atteintes organiques chez l’individu : échographie cardiaque (recherche de malformation cardiaque), échographie rénale, examen ophtalmologique (dépistage de troubles visuels comme l’hypermétropie ou le strabisme) et électroencéphalogramme (EEG) en cas de crises convulsives. Une IRM cérébrale peut être pratiquée en présence de signes neurologiques (épilepsie, hypotonie axiale sévère) ; bien qu’elle soit souvent normale, certaines anomalies discrètes ont été rapportées (par exemple, anomalies de la substance blanche, dysplasie de l’hippocampe ou corpus calleux légèrement aminci).
Diagnostic différentiel : en période néonatale, le principal diagnostic à écarter est le syndrome de Prader-Willi (autre cause d’hypotonie néonatale avec troubles de succion) par des tests génétiques spécifiques. Chez l’enfant présentant un retard de développement et une dysmorphie, d’autres syndromes génétiques peuvent être discutés et exclus par les analyses moléculaires, tels que le syndrome de microdélétion 22q11.2 (syndrome de DiGeorge), le syndrome de l’X fragile, le syndrome d’Angelman, ou encore le syndrome SBBYS (blepharophimosis-intellectual disability) qui partage certains traits faciaux. L’identification formelle d’une mutation ou microdélétion de KANSL1 reste néanmoins l’élément clé pour confirmer le diagnostic de KdVS.
Le syndrome de Koolen-de Vries est causé par une haplo-insuffisance du gène KANSL1 – c’est-à-dire que la perte ou l’inactivation d’une des deux copies de ce gène suffit à provoquer le tableau clinique. Dans ~60 % des cas, cette haplo-insuffisance résulte d’une microdélétion de la région 17q21.31, emportant plusieurs gènes adjacents dont KANSL1 ; dans ~40 % des cas, il s’agit d’une mutation ponctuelle (insertion, délétion ou mutation non-sens) à l’intérieur du gène KANSL1 lui-même. Des études ont montré que la perte isolée de KANSL1 reproduit entièrement le phénotype du syndrome, ce qui indique que ce gène est le principal (sinon l’unique) responsable des symptômes lorsque sa fonction est réduite de moitié. Le gène KANSL1 code une protéine ubiquitaire (présente dans de nombreux tissus) impliquée dans la régulation de l’expression des gènes via la modification de la chromatine (complexe NSL qui acétyle les histones). En d’autres termes, KANSL1 joue un rôle de « chef d’orchestre » au niveau moléculaire, modulant l’activité de nombreux autres gènes durant le développement. La perte d’une copie de KANSL1 perturbe ces mécanismes épigénétiques, expliquant les effets à large spectre du KdVS sur le développement cérébral, cardiaque, rénal, etc..
Sur le plan de la transmission, le KdVS se manifeste selon un mode autosomique dominant : une seule copie altérée du gène (ou une délétion sur un des deux chromosomes 17) suffit à engendrer la maladie. Toutefois, dans la quasi-totalité des cas, il s’agit d’une mutation sporadique (de novo) apparue accidentellement lors de la formation des cellules reproductrices ou en tout début de développement embryonnaire. Les personnes atteintes n’ont généralement aucun antécédent familial de la maladie. Les parents d’un enfant atteint ont un risque très faible (légèrement supérieur à la population générale) d’avoir un second enfant atteint, essentiellement en raison de la possibilité rare d’une mosaïque germinale (quelques cellules reproductrices parentales portant la mutation). Il n’existe à ce jour pas de cas documenté de transmission parent-enfant du syndrome, car les adultes atteints n’ont en général pas d’enfants (probablement pour des raisons liées à leur handicap ou, pour les hommes, à la cryptorchidie). Cependant, théoriquement, un parent atteint aurait 50 % de risques de transmettre l’anomalie génétique à chacun de ses enfants. Dans la population générale, on a découvert qu’environ 20 % des individus d’ascendance européenne portent une variation chromosomique bénigne (haplotype H2 avec inversion de 900 kb sur 17q21.31) qui prédispose à la formation de la microdélétion 17q21.31 lors de la méiose. Néanmoins, cette inversion par elle-même n’entraîne aucune maladie et seuls une infime minorité de ses porteurs auront un enfant atteint de KdVS.
Il n’existe pas de traitement curatif permettant de restaurer le gène KANSL1, mais une prise en charge pluridisciplinaire précoce peut grandement améliorer le développement et la qualité de vie des patients. L’objectif est de stimuler les acquisitions de l’enfant, de traiter ou surveiller les complications médicales associées, et d’accompagner la famille dans le parcours de soins. Idéalement, le suivi est coordonné par un centre de référence en maladies rares, faisant intervenir pédiatres, neurologues, cardiologues, généticiens, rééducateurs, et autres spécialistes selon les besoins.
Interventions précoces et rééducations : Elles sont essentielles pour maximiser le potentiel de l’enfant. Dès le plus jeune âge, une kinésithérapie (physiothérapie) est mise en place pour aider à l’acquisition de la marche et améliorer le tonus musculaire. En parallèle, une orthophonie intensive est recommandée, y compris en période préverbale, pour stimuler la communication et travailler les muscles orofaciaux impliqués dans la parole. Parfois, des techniques de communication alternative (langue des signes, pictogrammes ou appareils d’Assistance Augmentative et Alternative – AAC) sont introduites afin de pallier le retard de langage et de permettre à l’enfant de s’exprimer. Ces outils peuvent être utilisés en soutien jusqu’à ce que le langage oral se développe. Une fois la parole apparue, un suivi orthophonique au long cours aide à enrichir le vocabulaire, améliorer la prononciation et travailler les aspects pragmatiques de la communication (conversations, interactions sociales). Sur le plan cognitif et scolaire, les enfants avec KdVS bénéficient généralement d’une éducation spécialisée ou d’aménagements pédagogiques adaptés à leur déficience intellectuelle. Des programmes éducatifs personnalisés ciblant leurs difficultés spécifiques (par exemple, soutien en lecture/écriture, orthopédagogie) sont recommandés pour favoriser leur autonomie dans les apprentissages.
Prise en charge des complications médicales : Chaque manifestation associée au syndrome sera suivie et traitée selon les recommandations standards, dans l’optique de réduire la morbidité. Par exemple, en cas de crises d’épilepsie, un traitement antiépileptique sera instauré ; la valproate de sodium et l’oxcarbazépine figurent parmi les molécules ayant montré une efficacité chez plusieurs patients KdVS. Les malformations cardiaques (comme les défauts septaux) feront l’objet d’un suivi cardiologique régulier et, si nécessaire, d’une correction chirurgicale. De même, les anomalies rénales ou urologiques (reins ectopiques, reflux urinaires, etc.) seront prises en charge par un néphrologue/urologue pédiatrique, avec des interventions adaptées (par ex. chirurgie du reflux vésico-urétéral si indiqué). Une consultation en endocrinologie permet de dépister un éventuel déficit en hormone de croissance qui, s’il est avéré, pourra être traité par hormonothérapie pour améliorer la croissance staturale. Sur le plan orthopédique, la scoliose ou les déformations articulaires (luxation de hanche, pieds bots) seront suivies et appareillées ou opérées selon l’évolution. Un suivi en dermatologie est conseillé en cas de nombreux nævus (grains de beauté) présents sur la peau, en particulier chez les patients à peau claire, afin de dépister d’éventuelles complications comme le mélanome. Par ailleurs, il convient de corriger les éventuels troubles sensoriels : un traitement ophtalmologique (lunettes, chirugie du strabisme) améliorera la vision, et un appareillage auditif sera proposé en cas de perte auditive, de manière à optimiser les interactions et les apprentissages.
Surveillance à long terme : Les personnes atteintes de KdVS nécessitent un suivi médical régulier tout au long de la vie. À chaque consultation, le médecin évaluera la croissance staturo-pondérale, l’alimentation (difficultés de mastication ou de déglutition pouvant persister), les progrès développementaux (langage, autonomie) et le comportement. Une attention particulière est portée à l’apparition de nouvelles manifestations avec l’âge, telles que les crises d’épilepsie (qui peuvent débuter tardivement chez certains) ou des changements du tonus musculaire. À l’âge scolaire puis adulte, on surveillera l’autonomie motrice et les capacités de soins personnels. Un examen ophtalmologique et auditif annuel est recommandé (ou plus fréquent si un problème est détecté). Grâce à cette prise en charge proactive et multidisciplinaire, de nombreux enfants ayant un syndrome de Koolen-de Vries progressent dans leurs acquisitions et peuvent atteindre une bonne qualité de vie sur les plans physique et socio-émotionnel.
Quel est le lien entre le syndrome de et la surdité ?
Le syndrome de Koolen-de Vries peut s’accompagner d’une atteinte auditive chez une partie des patients. Cette surdité n’est pas constante, mais suffisamment fréquente pour que les recommandations internationales prévoient un bilan audiologique systématique chez les enfants diagnostiqués. Le dépistage précoce est essentiel, car les troubles du langage font partie du tableau clinique et peuvent être aggravés par une déficience auditive non reconnue. Les surdités peuvent être de type:
Le type le plus souvent décrit est une surdité neurosensorielle, c’est-à-dire une atteinte de l’oreille interne (cochlée) ou du nerf auditif. Elle peut être légère à modérée et bilatérale. Elle contribue aux difficultés de perception de la parole et au retard d’acquisition du langage.
Chez certains enfants, des otites moyennes répétées ou une dysfonction de la trompe d’Eustache peuvent entraîner une surdité de transmission, parfois fluctuante. Celle-ci est liée à un problème mécanique de conduction du son et peut être améliorée par un traitement ORL adapté.
Le syndrome est causé par une microdélétion 17q21.31 ou une mutation du gène KANSL1. KANSL1 intervient dans la régulation épigénétique de l’expression de nombreux gènes du développement neuronal. Sa perte perturbe la formation des circuits nerveux, y compris ceux impliqués dans les voies auditives centrales.
Ainsi, la surdité dans le KdVS serait principalement la conséquence d’un défaut de maturation neuro-sensorielle, plutôt qu’une malformation anatomique spécifique de l’oreille.
L’hypotonie musculaire, caractéristique du syndrome, favorise :
des infections ORL répétées,
une mauvaise ventilation de l’oreille moyenne,
et donc une perte auditive de transmission secondaire.
Ces facteurs expliquent pourquoi une évaluation ORL régulière est recommandée.
La prise en charge repose sur :
un dépistage auditif précoce et répété (PEA, audiométrie),
le traitement des pathologies ORL associées,
et, si nécessaire, le recours à des appareillages auditifs.
Une prise en charge orthophonique adaptée permet ensuite de soutenir le développement du langage et de la communication. La surdité n’est pas systématique, mais elle fait partie des manifestations possibles du syndrome. Un suivi audiologique régulier améliore nettement les capacités de communication et la qualité de vie des enfants atteints.


Du fait de la rareté du syndrome, les données manquent pour établir avec certitude un pronostic à long terme. Néanmoins, la survie jusqu’à l’âge adulte semble être la norme pour la majorité des patients. Aucune réduction significative de l’espérance de vie n’a été rapportée à ce jour, hormis chez des individus présentant des malformations graves pouvant engager le pronostic vital (p. ex. cardiopathie congénitale complexe ou complications sévères de l’épilepsie). Les études longitudinales en cours peinent encore à définir précisément le degré d’autonomie que peuvent acquérir les adultes KdVS, mais il est admis que l’autonomie complète est rarement atteinte. En pratique, en raison de la déficience intellectuelle et parfois de troubles moteurs, la plupart des adultes auront besoin d’un accompagnement par des aidants ou des structures spécialisées tout au long de la vie. Le niveau d’assistance varie selon la sévérité du handicap cognitif et physique : certains adultes peuvent effectuer des tâches simples de la vie quotidienne de manière indépendante, alors que d’autres nécessiteront une supervision constante.
Il y a toutefois des évolutions positives à signaler. Ainsi, il a été observé que certains symptômes tendent à s’atténuer avec l’âge : les troubles épileptiques, s’ils étaient présents dans l’enfance, ont souvent tendance à se stabiliser ou à disparaître à l’âge adulte, surtout sous traitement approprié. De même, les problèmes cardiaques congénitaux (tels que les communications intra-cardiaques) peuvent être corrigés durant l’enfance et ne plus altérer la santé à l’âge adulte. L’hyperlaxité articulaire, très marquée chez le jeune enfant, diminue généralement avec l’âge, apportant davantage de stabilité articulaire à l’adulte. Sur le plan cognitif et langagier, les progrès se poursuivent souvent au-delà de l’enfance : une étude sur un large ensemble de patients a montré une amélioration continue du langage à l’adolescence et à l’âge adulte, avec notamment l’acquisition chez beaucoup d’une bonne capacité de lecture (domaine où leurs performances sont parfois meilleures que ce que leur niveau cognitif global laisserait prévoir). Ces résultats soulignent l’importance de maintenir les stimulations éducatives et orthophoniques durant l’adolescence, car les apprentissages (littératie, communication) peuvent se prolonger plus tardivement que dans le développement typique. D’un point de vue social et émotionnel, le tempérament avenant et chaleureux des personnes avec KdVS favorise généralement leur intégration dans leur milieu de vie : ce sont souvent des individus très affectueux, appréciés de leur entourage pour leur caractère jovial, ce qui contribue positivement à leur qualité de vie et à celle de leur famille. Avec le soutien adéquat, de nombreux adultes KdVS participent à des activités en centre de jour, ateliers adaptés ou programmes de travail protégé, et entretiennent une vie sociale riche au sein de leur communauté.
Les cinq dernières années ont vu d’importantes avancées dans la compréhension et la gestion du syndrome de Koolen-de Vries. En voici quelques faits marquants :
Cohorte clinique élargie (approche participative) – En 2023, les données du registre international GenIDA (questionnaires renseignés par les familles) ont été analysées pour 237 patients KdVS, constituant la plus grande cohorte à ce jour. Ce travail a confirmé que les patients porteurs d’une microdélétion ou d’une mutation de KANSL1 ont un profil clinique globalement similaire. L’étude a apporté des informations inédites, montrant par exemple que la laryngomalacie est significativement plus fréquente dans le KdVS comparé à d’autres troubles du neurodéveloppement. Elle a également mis en lumière de nouvelles co-morbidités jusqu’alors peu rapportées, telles que la propension à des infections respiratoires récidivantes (pneumonies) et de l’asthme durant l’enfance. Ces résultats, fournis directement par les proches aidants, soulignent l’intérêt des bases de données participatives pour mieux cerner le spectre du syndrome et son histoire naturelle. Notamment, une modélisation des trajectoires développementales confirme une progression notable des habilités de communication au fil du temps et une capacité de lecture/écriture relativement préservée chez les adolescents/adultes KdVS.
Avancées diagnostiques (épigénétique) – En 2024, des chercheurs ont identifié une signature épigénétique propre au syndrome de Koolen-de Vries, basée sur le profil de méthylation de l’ADN sanguin des patients. Concrètement, il s’agit d’un motif de modifications chimiques de l’ADN spécifique au KdVS, invisible à l’œil nu mais détectable par des analyses de biologie moléculaire avancées. Ce biomarqueur épigénétique offre un nouvel outil auxiliaire pour le diagnostic : il permet de confirmer l’affection chez un individu présentant une variante génétique de signification incertaine (VUS) de KANSL1, en vérifiant si son profil de méthylation correspond à celui observé dans le KdVS. Cette approche innovante, déjà développée pour plus de 50 syndromes neurodéveloppementaux liés à des gènes régulateurs épigénétiques, pourrait affiner le diagnostic et éviter des doutes diagnostiques dans les cas atypiques. À l’avenir, un simple test épigénétique pourrait ainsi seconder le séquençage génétique pour identifier le syndrome de manière plus fiable.
Compréhension du mécanisme pathologique et thérapies potentielles – Une découverte majeure a été faite en 2022 concernant le rôle de KANSL1 dans la cellule. Des travaux publiés dans Nature Communications ont démontré que KANSL1 est indispensable à l’autophagie, le processus de « nettoyage » par lequel la cellule dégrade et recycle ses composants endommagés. Chez des souris modèles Kansl1+/- (ne possédant qu’une copie fonctionnelle du gène, mimant le KdVS), on observe une accumulation de déchets cellulaires (mitochondries altérées, protéines non dégradées) liée à un défaut de fusion des vésicules d’autophagie avec les lysosomes. Ce dysfonctionnement entraîne des anomalies dans les neurones et le cœur des souris, reflétant les atteintes neurologiques et cardiaques du syndrome. Fait encourageant, les chercheurs ont identifié un composé capable de corriger ces anomalies chez la souris : l’acide 13-cis rétinoïque (isotrétinoïne, un médicament déjà utilisé chez l’humain pour d’autres indications) a restauré une autophagie normale et amélioré les symptômes neurocomportementaux et cardiaques des souris mutantes. Cela ouvre la voie à une piste thérapeutique prometteuse pour le futur du KdVS, même si des études supplémentaires sont nécessaires avant d’envisager des essais cliniques chez l’homme. Cette découverte illustre comment la recherche fondamentale sur les voies cellulaires (ici l’autophagie) peut déboucher sur des idées de traitements ciblés pour un syndrome jusqu’alors géré uniquement de façon symptomatique.
En résumé, le syndrome de Koolen-de Vries fait l’objet d’une attention croissante de la part de la communauté scientifique et médicale. Les efforts actuels portent autant sur l’amélioration du diagnostic (par des tests génétiques et épigénétiques plus performants), sur la meilleure compréhension des besoins médicaux et éducatifs des patients (grâce aux registres comme GenIDA), que sur l’exploration de thérapies innovantes. Ces avancées récentes donnent espoir qu’à l’avenir, les personnes atteintes de KdVS bénéficieront d’un dépistage plus précoce, d’un accompagnement encore mieux adapté, et possiblement de traitements ciblant la cause profonde de leur syndrome. Les familles concernées peuvent d’ores et déjà s’appuyer sur ces connaissances grandissantes et sur les réseaux de professionnels spécialisés pour optimiser la prise en charge de leur enfant et envisager l’avenir avec confiance.