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Sorti en salles le 17 octobre 2001, Sur mes lèvres, de Jacques Audiard, reste l’un des rares films français à confier le premier rôle à une femme malentendante. Emmanuelle Devos y incarne Carla, secrétaire appareillée qui compense sa perte auditive en lisant sur les lèvres, face à Vincent Cassel. Le film lui a valu le César de la meilleure actrice en 2002. Au-delà du thriller, il offre un regard juste et rarement montré sur la fatigue d’écoute, l’isolement au travail et le rôle de la lecture labiale. Les audioprothésistes d’Audition Marc Boulet reviennent sur ce que le film montre, et sur ce que la science dit réellement de la lecture sur les lèvres.
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre | Sur mes lèvres (titre international : Read My Lips) |
| Réalisation | Jacques Audiard |
| Scénario | Jacques Audiard et Tonino Benacquista |
| Sortie en France | 17 octobre 2001 |
| Interprètes principaux | Emmanuelle Devos (Carla), Vincent Cassel (Paul), Olivier Gourmet, Olivia Bonamy, Olivier Perrier |
| Musique | Alexandre Desplat |
| César 2002 | 3 César sur 9 nominations : meilleure actrice (Emmanuelle Devos), meilleur scénario original ou adaptation, meilleur son |
| Thème audiologique | Perte auditive appareillée, lecture labiale, effort d’écoute, isolement social et professionnel |
Carla travaille comme secrétaire dans une société de promotion immobilière. Compétente mais peu considérée, elle est régulièrement ignorée ou utilisée par ses collègues. Lorsqu’elle obtient l’aide d’un stagiaire, elle recrute Paul, un homme tout juste sorti de prison qui tente de se réinsérer. Entre ces deux solitaires se noue une alliance ambiguë : Carla aide Paul à se maintenir dans l’entreprise, puis Paul découvre qu’elle sait lire sur les lèvres et lui demande de mettre ce talent au service d’un projet bien plus risqué.
Le film, troisième long-métrage de Jacques Audiard, mêle drame social et film noir. La critique de l’époque l’a rapproché du suspense hitchcockien, en particulier de Fenêtre sur cour, notamment pour les scènes d’observation à distance. Toute la tension du récit repose sur le duo : Paul, qui s’exprime surtout par l’action, et Carla, que tout le monde croit en retrait et qui perçoit pourtant beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Le rôle, entièrement de composition, a valu à Emmanuelle Devos le César de la meilleure actrice : la perte auditive est celle du personnage.
Restauré en 4K par Pathé à partir du négatif original, le film a bénéficié d’une nouvelle édition vidéo en 2025 et d’une reprise en salles en version restaurée en juin 2026.
Ce qui rend Sur mes lèvres précieux pour les personnes malentendantes et leurs proches, c’est que la surdité de Carla n’est ni un ressort comique ni un simple détail. Elle structure son quotidien, son rapport aux autres et sa manière d’occuper l’espace. Le film ne précise ni la cause ni le degré exact de sa perte auditive, mais il montre plusieurs réalités bien connues des audioprothésistes.
Carla porte des appareils auditifs, et le film la montre à plusieurs reprises les ôter ou les couper. Ce geste a deux sens. Il traduit d’abord la fatigue : écouter avec une perte auditive demande un effort permanent, et se retirer du monde sonore devient parfois un soulagement. Il devient aussi, dans le récit, un moyen de se protéger, voire un pouvoir : celle que l’on croit en retrait perçoit en réalité beaucoup plus qu’on ne l’imagine.
Le César du meilleur son, attribué au film en 2002, salue un travail sonore qui fait partager au spectateur les variations de perception de Carla, entre ambiance pleine et silence relatif. C’est l’un des intérêts majeurs du film : il fait entendre, et pas seulement voir, ce que vit une personne malentendante.
Les remarques désobligeantes, les conversations qui se tiennent sans elle, le sentiment d’être transparente : le film décrit avec justesse le décrochage social que peut entraîner une perte auditive dans un environnement professionnel. Ce sujet dépasse la fiction. Une perte auditive non prise en charge chez un adulte en activité peut retentir sur la communication, la fatigue et la participation aux échanges, comme nous l’expliquons dans notre article sur les troubles auditifs chez les jeunes adultes et dans notre synthèse sur les troubles de l’audition et la santé publique en France.
La lecture labiale est la perception de la parole par la vue : elle consiste à extraire des informations phonétiques à partir des mouvements des lèvres, de la mâchoire, de la langue lorsqu’elle est visible et des expressions du visage. Lorsqu’elle intègre l’ensemble des mimiques et des mouvements du visage, on parle aussi de lecture labio-faciale. Tout le monde l’utilise un peu, souvent sans le savoir, en particulier dans le bruit. Chez une personne malentendante, elle devient une stratégie de compensation essentielle, qui complète une information auditive incomplète.
Une grande partie de la parole ne se voit pas. Les sons produits au fond de la bouche ou dans la gorge sont peu ou pas visibles, et plusieurs phonèmes distincts à l’oreille correspondent à une même configuration visible des lèvres, appelée visème : c’est le cas de « p », « b » et « m », qui se forment tous les trois par une fermeture des deux lèvres. Ces « sosies labiaux » expliquent que « pain », « bain » et « main » soient presque impossibles à distinguer par la seule lecture labiale. La personne doit alors s’appuyer sur le contexte, le sujet de la conversation et sa connaissance de la langue pour reconstruire le message : c’est ce qu’on appelle la suppléance mentale.
Les données disponibles confirment que la lecture labiale seule, sans aucune information auditive, reste très limitée. Dans une étude menée auprès de 84 jeunes adultes normo-entendants à qui l’on présentait des phrases filmées sans le son, la proportion moyenne de mots correctement identifiés était de 12,4 % (écart-type de 6,7 points), avec de fortes différences d’une personne à l’autre ; un score proche de 30 % était déjà exceptionnel (Altieri et al., 2011). Ces chiffres décrivent une tâche précise, la reconnaissance de phrases en condition visuelle seule, chez des personnes entendantes non entraînées : ils ne constituent pas une estimation universelle des capacités de lecture labiale et ne s’appliquent pas aux personnes sourdes ou malentendantes entraînées, mais ils montrent l’ampleur de la difficulté.
La force de la lecture labiale apparaît surtout lorsqu’elle s’ajoute à l’audition. Dès 1954, Sumby et Pollack ont montré que voir le visage du locuteur améliore nettement l’intelligibilité de la parole dans le bruit, et que cet apport visuel est d’autant plus important que le bruit est fort. En 1976, l’effet McGurk a démontré que le cerveau fusionne automatiquement ce que l’on voit et ce que l’on entend : une syllabe entendue « ba » associée à des lèvres articulant « ga » est souvent perçue comme « da ». La parole est donc, pour le cerveau, une information audiovisuelle.
Dans Sur mes lèvres, Carla parvient à suivre des conversations à distance, parfois aux jumelles. Le principe est plausible, et la lecture labiale est réellement utilisée pour comprendre une personne éloignée lorsque le son ne parvient pas. En revanche, la fiabilité montrée à l’écran relève de la licence dramatique. Dans la réalité, la lecture labiale dépend fortement de l’angle de vue, de l’éclairage, de l’articulation et du débit du locuteur, de la connaissance du sujet et du nombre de personnes qui parlent. Suivre mot pour mot une discussion entre inconnus, vus de profil, sur un sujet que l’on ignore, est extrêmement difficile, même pour un lecteur labial très entraîné.
| Ce que montre le film | Ce qu’en dit la réalité audiologique |
|---|---|
| Carla lit sur les lèvres avec une grande précision | La lecture labiale est une compétence réelle et entraînable, mais elle reste partielle : de nombreux sons sont invisibles ou se ressemblent sur les lèvres. |
| Elle suit des conversations à distance | Possible dans de bonnes conditions, mais très dépendant de la distance, de l’angle, de la lumière et du contexte ; la précision montrée relève de la fiction. |
| Elle retire ses appareils pour s’isoler | Situation fréquente : la fatigue liée à l’effort d’écoute pousse certaines personnes à réduire leur port. Un réglage adapté et un suivi régulier visent justement à rendre le port confortable. |
| Sa surdité la met en marge au travail | Le retentissement professionnel et social d’une perte auditive est bien documenté ; il justifie une évaluation et, si besoin, un appareillage adapté. |
Pour une personne malentendante, comprendre une conversation mobilise des ressources cognitives importantes : attention soutenue, lecture labiale, suppléance mentale, mémorisation de ce qui n’a pas été compris. Cette charge s’appelle l’effort d’écoute, défini dans la littérature comme l’allocation délibérée de ressources mentales pour surmonter les obstacles à la compréhension (Pichora-Fuller et al., 2016). Elle peut expliquer la fatigue en fin de journée, le retrait dans les réunions ou les repas bruyants, et parfois l’abandon de certaines activités sociales. Le personnage de Carla en donne une image juste : rester vigilante en permanence pour ne rien manquer, puis se couper du monde lorsqu’elle n’en peut plus.
L’audition binaurale, c’est-à-dire avec les deux oreilles, aide le cerveau à séparer la parole du bruit et à localiser les sons. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’appareillage des deux oreilles est souvent recommandé lorsque les deux sont atteintes, comme nous le détaillons dans notre article sur la stéréophonie et l’audition.
Lecture labiale et appareillage ne s’opposent pas : ils se complètent. En améliorant l’audibilité de certains indices acoustiques, notamment les consonnes aiguës souvent peu visibles sur les lèvres, l’appareillage peut faciliter l’intégration audiovisuelle de la parole et améliorer l’intelligibilité, en particulier dans le bruit ; la lecture labiale aide à lever les ambiguïtés restantes.
Son effet sur l’effort d’écoute est en revanche plus variable. Il dépend du degré de perte auditive, des capacités cognitives, de la situation sonore et des réglages. Une revue systématique a confirmé que la perte auditive augmente l’effort d’écoute, mais n’a pas mis en évidence de façon cohérente, d’une étude à l’autre, une diminution de cet effort grâce aux appareils auditifs, notamment en raison de méthodes de mesure très hétérogènes (Ohlenforst et al., 2017). Une meilleure intelligibilité ne s’accompagne donc pas systématiquement d’une baisse mesurable de l’effort d’écoute.
Un appareil auditif bien choisi et bien réglé vise à rendre audibles les sons faibles, à rétablir le confort d’écoute et à améliorer la compréhension de la parole, y compris en groupe. Les aides auditives actuelles intègrent des microphones directionnels, des traitements de réduction du bruit et des programmes automatiques qui s’adaptent à l’environnement sonore. Le choix entre un contour d’oreille, un modèle à écouteur déporté ou un intra-auriculaire dépend du type et du degré de perte, de l’anatomie du conduit et des besoins de la personne : nos pages sur les appareils auditifs en conduction aérienne et sur la façon de choisir son aide auditive détaillent ces options. Les progrès récents du traitement du signal, décrits dans notre article sur les appareils auditifs qui s’adaptent au fonctionnement du cerveau, cherchent à améliorer le confort d’écoute dans les environnements complexes.
Certaines personnes ont des difficultés importantes à comprendre la parole dans le bruit alors que leur audiométrie tonale conventionnelle est normale ou peu altérée. Ces plaintes peuvent relever de mécanismes multiples : altérations cochléaires non détectées par l’audiométrie standard, troubles du traitement auditif, facteurs attentionnels ou cognitifs. Le terme de perte auditive « cachée » est utilisé pour décrire certaines de ces situations, mais il ne constitue pas à lui seul un diagnostic de la cause, qui relève du médecin ORL. L’évaluation passe par une audiométrie vocale dans le bruit et, selon le contexte, par des examens complémentaires. Une étude prospective menée par l’équipe d’Audition Marc Boulet avec le service ORL de l’hôpital Bicêtre (AP-HP), sur 40 patients gênés dans le bruit malgré une audition normale ou une perte légère au calme, dont 12 présentant une perte auditive cachée, a montré une amélioration significative de la compréhension dans le bruit (test FraMatrix) et de la qualité de vie avec des appareils auditifs à embout ouvert ; le gain était particulièrement marqué chez les patients présentant une perte auditive cachée, et le port moyen atteignait près de 10 heures par jour (Boulet et al., 2025). Il s’agit d’une étude de cohorte non randomisée, sans groupe témoin, sur un effectif limité : ses résultats ne permettent pas de généraliser le bénéfice de l’appareillage à toutes les personnes gênées dans le bruit.
Le geste de Carla qui retire ses appareils rappelle une réalité : un appareil mal réglé, inconfortable ou mal compris finit souvent dans un tiroir. L’appareillage n’est pas un simple achat mais un processus, qui comprend un dépistage auditif, un choix d’appareil, une période d’essai, plusieurs séances de réglage et un suivi dans la durée. Ce parcours est décrit pas à pas dans notre page sur les étapes de l’appareillage. Les tests de compréhension de la parole dans le bruit, comme le FraMatrix, permettent d’objectiver les progrès. D’autres mesures, comme le test ACT (seuil d’audibilité des contrastes), ne testent pas directement l’intelligibilité de la parole : elles évaluent la perception de contrastes spectro-temporels, indépendamment de la langue, et peuvent aider à orienter certains réglages.
Plus la perte auditive est importante, plus la lecture labiale prend de place dans la communication. Dans les surdités sévères à profondes, son entraînement par un orthophoniste reste un complément précieux, et un avis ORL peut conduire à envisager un implant auditif lorsque l’appareillage conventionnel ne suffit plus. Les audioprothésistes d’Audition Marc Boulet sont également spécialisés dans les situations plus spécifiques : surdités asymétriques ou unilatérales (systèmes CROS ou BiCROS), conduction osseuse non chirurgicale ou sur implant.
Certains signes doivent inciter à faire évaluer son audition : faire souvent répéter, regarder de plus en plus les lèvres de ses interlocuteurs, avoir du mal à suivre en réunion ou au restaurant, monter le volume de la télévision, ressentir une fatigue inhabituelle après les conversations. Ces signes ne posent pas un diagnostic, mais ils justifient une évaluation.
Une baisse d’audition brutale, d’une ou des deux oreilles, survenue en quelques heures ou en quelques jours, est une urgence : elle justifie une consultation ORL ou un passage aux urgences le jour même, sans attendre. Il en va de même lorsqu’une baisse d’audition s’accompagne d’une paralysie du visage ou d’un grand vertige. Si apparaissent des signes neurologiques, comme une faiblesse d’un côté du corps, des troubles de la parole ou de la vision, il faut appeler le 15.
D’autres signes justifient une consultation médicale rapide, dans les jours qui suivent, sans relever de l’urgence immédiate : une douleur d’oreille qui persiste, un écoulement, une sensation d’oreille bouchée qui ne cède pas, ou des acouphènes d’apparition récente. Le diagnostic et le traitement médical relèvent exclusivement du médecin ORL ; l’audioprothésiste intervient pour le dépistage auditif, l’appareillage, le réglage et le suivi.
En dehors de ces situations d’urgence, un premier repère peut être obtenu avec notre test auditif en ligne, un outil d’orientation qui ne remplace pas un examen. Un dépistage auditif complet en centre, avec audiométrie tonale et vocale et, si besoin, tests de compréhension dans le bruit, permet ensuite de faire le point.
Sur mes lèvres rejoint d’autres œuvres qui donnent à voir et à entendre la vie avec une perte auditive. Nous avons notamment consacré des articles au documentaire « Elle entend pas la moto », au film Baby Driver, qui met en scène un héros souffrant d’acouphènes, et au concert caritatif « Du bout des lèvres » soutenu par Bernafon au Casino de Paris.
Vous vous reconnaissez dans les difficultés de Carla, ou vous constatez qu’un proche lit de plus en plus sur vos lèvres ? Nos audioprothésistes diplômés d’État vous accueillent pour un dépistage auditif, vous conseillent sur les solutions d’appareillage adaptées et assurent le suivi de vos réglages dans la durée. Trouvez le centre Audition Marc Boulet le plus proche de chez vous et prenez rendez-vous en ligne ou par téléphone.
Rédaction : Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État, Audition Marc Boulet.
Dernière mise à jour : 3 novembre 2026