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Un dépistage auditif normal à la naissance signifie que l’oreille de l’enfant répondait correctement au moment de l’examen. Il ne garantit pas que l’audition restera normale pendant toute l’enfance : certaines surdités apparaissent ou s’aggravent plusieurs mois, voire plusieurs années, après la naissance. C’est précisément sur ce point que NHS England, l’organisme qui pilote le système de santé public en Angleterre, a ouvert en septembre 2026 une consultation : son programme de dépistage auditif néonatal propose de revoir le suivi des bébés présentant un facteur de risque de surdité mais dont le dépistage à la naissance était normal.
Le projet n’est pas adopté, il ne concerne que l’Angleterre et ne modifie en rien le parcours applicable en France. Il pose toutefois une question utile à tous les parents et à tous les professionnels de l’audition : comment repérer à temps une surdité qui n’existait pas, ou n’était pas mesurable, le jour du dépistage ?
| Point clé | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Qui porte le projet ? | Le programme de dépistage auditif néonatal de NHS England (NHSP). |
| Qui est concerné ? | Les bébés ayant un facteur de risque de surdité mais un dépistage néonatal normal, aujourd’hui revus vers 7 à 9 mois. |
| Changement proposé | Remplacer ce rendez-vous systématique par un suivi déclenché à la demande des parents ou des professionnels (patient-initiated follow-up, PIFU). |
| Statut | Recommandation d’un groupe de travail du programme, soumise à consultation ; aucune décision définitive. |
| Échéance | Consultation ouverte jusqu’au 18 décembre 2026. |
| Et en France ? | Aucun changement : le cadre reste celui des recommandations de la HAS de juin 2025. |
En Angleterre, tous les nouveau-nés se voient proposer un dépistage auditif. Lorsque les réponses sont nettes aux deux oreilles mais qu’un facteur de risque est présent, l’enfant est aujourd’hui orienté vers une évaluation audiologique entre 7 et 9 mois : c’est le « suivi ciblé » (targeted follow-up). En l’absence de facteur de risque, l’enfant sort du programme et les parents sont invités à surveiller son développement, à l’aide des repères figurant dans son carnet de santé.
Certaines situations à très haut risque ne relèvent pas de ce suivi différé : en cas d’atrésie du conduit auditif ou de microtie, de méningite bactérienne, d’infection congénitale à cytomégalovirus confirmée ou de valve de dérivation programmable, le dépistage n’est pas réalisé et l’enfant est adressé directement en audiologie, dans les quatre semaines.
Le document de recommandation publié par le groupe de travail du programme anglais repose sur une analyse rétrospective des données nationales de près de 3,6 millions de bébés nés entre avril 2017 et mars 2023. Sur cette période, 7 337 surdités permanentes d’au moins 40 dB, unilatérales ou bilatérales, ont été confirmées avant l’âge de 2 ans (âge corrigé). Parmi elles, 7 016 l’ont été chez des bébés orientés directement en audiologie à l’issue du dépistage, et seulement 15 grâce au suivi ciblé à 7-9 mois.
Ces résultats ont leurs limites, que les auteurs reconnaissent : l’analyse ne retient que les surdités d’au moins 40 dB confirmées avant 2 ans, et les données de rendez-vous sont incomplètes. Elle ne renseigne donc pas sur les surdités plus légères ou plus tardives. Elle montre en revanche que le rendez-vous systématique à 7-9 mois, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, repère très peu de surdités supplémentaires.
Le groupe de travail recommande, sous réserve de la consultation, de remplacer le rendez-vous systématique à 7-9 mois par un suivi déclenché à la demande (patient-initiated follow-up, PIFU). Concrètement, les facteurs de risque continueraient d’être identifiés et enregistrés lors du dépistage. Pendant une période définie, les familles pourraient solliciter directement le service d’audiologie en cas d’inquiétude, généralement après un tri téléphonique, et les professionnels de l’enfance pourraient eux aussi déclencher une orientation. L’enfant sortirait ensuite de ce dispositif, la surveillance de l’audition se poursuivant dans le cadre du suivi habituel de l’enfant.
Le document insiste sur plusieurs garde-fous : une information claire des familles, disponible dans plusieurs langues et formats, la formation des professionnels de santé et de la petite enfance, et une voie alternative pour les familles pour lesquelles ce modèle ne serait pas adapté. Diffusée aux sociétés savantes d’audiologie à la mi-septembre 2026, puis relayée auprès des médecins généralistes anglais, la recommandation est soumise à consultation jusqu’au vendredi 18 décembre 2026. Une décision définitive, puis une phase de mise en œuvre, dépendront ensuite des instances de NHS England.
Le dépistage auditif du nouveau-né repose sur deux examens objectifs, indolores, réalisés pendant le sommeil ou le calme de l’enfant. Les otoémissions acoustiques automatisées (OEA) recueillent, grâce à une petite sonde placée dans le conduit auditif, l’« écho » produit par les cellules ciliées externes de la cochlée en réponse à un son. Les potentiels évoqués auditifs automatisés (PEAA) enregistrent, à l’aide d’électrodes collées sur la peau, la réponse électrique synchronisée des voies auditives jusqu’au tronc cérébral. Il s’agit d’une version automatisée et simplifiée, qui donne un résultat « concluant » ou « non concluant » : elle ne remplace pas un bilan électrophysiologique diagnostique.
Les deux tests n’explorent pas exactement la même chose. Les otoémissions peuvent être présentes chez un enfant atteint d’un trouble du spectre de la neuropathie auditive, où la cochlée fonctionne mais la transmission de l’information par le nerf auditif est perturbée. Des otoémissions présentes associées à des potentiels évoqués anormaux constituent un profil évocateur, dont la confirmation repose sur un bilan audiologique et ORL spécialisé. Comme ce trouble est plus fréquent après un séjour en néonatologie, la HAS recommande dans ce cas un dépistage exclusivement par PEAA.
Un résultat normal correspond à un instantané. Il ne permet pas d’écarter :
Cette distinction a des conséquences pratiques : une otite séreuse provoque en général une baisse d’audition de transmission, souvent réversible, alors qu’une atteinte de la cochlée ou du nerf auditif entraîne une surdité de perception permanente. Les différents types et degrés de surdité n’appellent ni le même bilan, ni la même prise en charge.
L’infection congénitale à cytomégalovirus (CMV) est une cause majeure de surdité de perception de l’enfant. La perte auditive peut être présente dès la naissance, apparaître secondairement ou s’aggraver au cours des premières années.
Une étude rétrospective menée à l’hôpital Necker-Enfants malades (Paris) et publiée dans The Journal of Pediatrics a suivi pendant au moins quatre ans 244 enfants nés avec une infection congénitale à CMV. La proportion de surdités de perception liées au CMV passait de 10 % à la naissance à 15 % à quatre ans. Ce chiffre global masque un écart très net : 35 % des enfants symptomatiques à la naissance étaient concernés à quatre ans, contre 2 % des enfants asymptomatiques. Les anomalies de l’imagerie cérébrale, les symptômes à la naissance, une atteinte de l’oreille controlatérale dès la naissance et une infection maternelle au premier trimestre étaient associés à un risque accru. Il s’agit d’une cohorte de centre de référence, qui ne peut pas être extrapolée à l’ensemble des nouveau-nés.
En France, le CMV n’est pas recherché de façon systématique chez tous les nouveau-nés, un sujet que nous avons détaillé à propos de l’absence de dépistage systématique du CMV. La HAS recommande en revanche de rechercher une infection congénitale à CMV lorsqu’une surdité, unilatérale ou bilatérale, est suspectée au dépistage.
Une méningite bactérienne peut léser la cochlée et entraîner une surdité de perception sévère. Dans certains cas, la cochlée s’ossifie progressivement, ce qui peut compromettre une implantation cochléaire si elle est réalisée trop tard. C’est pourquoi les recommandations anglaises prévoient une orientation audiologique rapide après une méningite bactérienne, indépendamment du résultat du dépistage. La méningite virale, en revanche, n’y est pas considérée comme un risque auditif spécifique.
Une revue systématique publiée en 2024 dans European Archives of Oto-Rhino-Laryngology a analysé 37 études portant sur des enfants ayant réussi le dépistage néonatal puis développé une surdité de perception tardive ou évolutive. Vingt et une associaient cette surdité au CMV congénital. Les seize autres retrouvaient d’autres facteurs congénitaux ou périnataux : séjour en réanimation néonatale, prématurité, détresse respiratoire sévère, ventilation mécanique, assistance par ECMO, hernie diaphragmatique congénitale, malformations de l’oreille interne et mutations génétiques. L’âge au diagnostic s’étendait de quelques mois à plus de dix ans.
| Situation | Prise en charge prévue aujourd’hui en Angleterre |
|---|---|
| Atrésie du conduit, microtie | Pas de dépistage : orientation audiologique directe |
| Méningite bactérienne | Pas de dépistage : orientation audiologique directe |
| CMV congénital confirmé | Pas de dépistage : orientation audiologique directe |
| Valve de dérivation programmable | Pas de dépistage : orientation audiologique directe |
| Syndrome associé à une surdité, autres facteurs de risque | Dépistage, puis suivi ciblé vers 7-9 mois si les réponses sont normales (parcours concerné par la consultation) |
| Aucun facteur de risque | Sortie du programme, surveillance par les parents et les professionnels de l’enfance |
Ce tableau décrit le parcours anglais en vigueur, pour éclairer le projet. Il ne constitue pas une liste française des indications de suivi, qui relève du pédiatre, du médecin traitant et de l’ORL.
Vers 7 à 9 mois, l’audition est évaluée principalement par l’audiométrie comportementale avec renforcement visuel : on apprend à l’enfant à tourner la tête vers une source sonore, en récompensant chaque réponse par une animation lumineuse. Bien conduite, cette méthode permet d’estimer des seuils auditifs fréquentiels, parfois spécifiques à chaque oreille lorsque les conditions d’examen le permettent : les réponses obtenues en champ libre, avec des haut-parleurs, ne renseignent pas sur l’oreille qui entend.
Ses résultats dépendent cependant de l’éveil, de l’attention et du développement psychomoteur de l’enfant. Un enfant fatigué, malade ou présentant un retard de développement peut ne pas répondre, ce qui impose de nouveaux rendez-vous. Un examen incomplet ne signifie jamais que l’audition est normale. Le document anglais souligne aussi que l’attention limitée, certains troubles du développement comme l’autisme et les épanchements de l’oreille moyenne compliquent l’interprétation, si bien que plusieurs rendez-vous sont souvent nécessaires. Ces difficultés pratiques, ajoutées au taux élevé de rendez-vous non honorés, font partie des arguments avancés en faveur d’une révision du parcours. Les différents tests auditifs utilisés chez l’enfant plus grand puis chez l’adulte reposent sur des principes voisins, adaptés à l’âge.
La France dispose depuis 2014 d’un programme national de dépistage de la surdité permanente bilatérale néonatale, qui ciblait initialement une perte auditive d’au moins 40 dB. Saisie par la Direction générale de la santé, la HAS a publié en juin 2025 une évaluation de ce programme. Elle recommande désormais que le dépistage soit réalisé :
Le dépistage suppose l’information et le consentement des parents. Lorsque le dépistage n’est pas concluant, le diagnostic doit être confirmé ou infirmé par une équipe pluridisciplinaire, idéalement vers un mois et avant trois mois d’âge corrigé. La HAS recommande aussi une surveillance régulière de l’enfant chez qui une surdité unilatérale est suspectée, afin de repérer une éventuelle évolution vers une atteinte bilatérale.
Ces recommandations s’adressent aux décideurs publics : le troisième test, notamment, n’est pas prévu par le cahier des charges national de 2014 et sa généralisation suppose une organisation et un financement dédiés. Leur mise en œuvre peut donc encore varier d’une région et d’une maternité à l’autre.
Pour choisir le nombre et le type de tests, la HAS s’appuie sur une liste de facteurs de risque issue des recommandations du Joint Committee on Infant Hearing américain. En présence de l’un d’eux, le premier test recommandé est un PEAA.
| Catégorie | Principaux facteurs de risque (HAS, 2025) |
|---|---|
| Antécédents | Surdité permanente de l’enfant dans la famille, précoce, progressive ou tardive |
| Période néonatale | Soins intensifs de plus de 5 jours, exsanguinotransfusion pour hyperbilirubinémie, aminosides plus de 5 jours, asphyxie ou encéphalopathie hypoxique-ischémique, assistance respiratoire extracorporelle |
| Infections in utero | CMV, herpès, rubéole, syphilis, toxoplasmose, Zika |
| Conditions de naissance | Malformations cranio-faciales (dont microtie et atrésie), anomalies de l’os temporal, microcéphalie, hydrocéphalie, syndromes associés à une surdité |
| Après la naissance | Infections associées à une surdité neurosensorielle, dont la méningite bactérienne ; traumatisme crânien sévère ; chimiothérapie |
Les antécédents familiaux et l’assistance respiratoire extracorporelle sont signalés comme associés à un risque accru de surdité tardive ou progressive.
En France comme en Angleterre, le dépistage néonatal n’est pas la seule occasion de vérifier l’audition. Les examens de santé obligatoires de l’enfant, consignés dans le carnet de santé, comportent un repérage des troubles de l’audition à plusieurs âges. Toute inquiétude des parents ou de l’entourage au sujet de l’audition doit être prise au sérieux, même si le dépistage à la maternité était normal.
Ces signes ne permettent pas de poser un diagnostic, mais ils justifient d’en parler rapidement au pédiatre ou au médecin traitant, qui orientera si besoin vers un ORL pédiatrique :
Ne pas attendre la prochaine consultation programmée lorsque l’enfant a eu une méningite bactérienne, lorsqu’une perte d’audition semble brutale ou lorsque l’inquiétude persiste malgré un dépistage normal : une évaluation ORL et audiologique pédiatrique s’impose sans délai. Le test auditif en ligne de notre site n’est pas conçu pour les nourrissons et ne remplace en aucun cas ces examens.
Le diagnostic et la décision thérapeutique relèvent de l’ORL et de l’équipe médicale pédiatrique. Lorsqu’une surdité permanente justifie une réhabilitation, l’appareillage intervient le plus tôt possible : les premiers mois et les premières années sont une période décisive pour le développement des voies auditives et du langage oral.
Appareiller un nourrisson n’a rien à voir avec l’appareillage d’un adulte. Le conduit auditif d’un bébé est petit et change de forme à mesure qu’il grandit, si bien qu’un même réglage produit dans son oreille des niveaux sonores plus élevés que chez l’adulte. L’audioprothésiste doit donc :
Ce travail s’inscrit dans un parcours en plusieurs étapes, détaillé dans notre page consacrée aux étapes de l’appareillage auditif, avec un rythme de contrôles beaucoup plus soutenu chez l’enfant que chez l’adulte.
Chez l’enfant né avec une atrésie du conduit auditif ou une microtie, un appareil classique ne peut pas être placé dans l’oreille. La solution repose alors sur la conduction osseuse : le son est transmis directement à la cochlée par vibration du crâne. Chez le petit enfant, le processeur est porté sur un bandeau souple ou un dispositif adhésif, sans chirurgie ; une solution implantée peut être discutée plus tard par l’équipe ORL. Les audioprothésistes Audition Marc Boulet sont formés à ces appareillages spécifiques, en conduction osseuse non chirurgicale comme sur implants auditifs.
Lorsque la surdité est sévère à profonde et que les appareils auditifs n’apportent pas un accès suffisant à la parole, une implantation cochléaire peut être proposée. L’indication est posée par une équipe hospitalière spécialisée, à partir d’un bilan complet. Un essai d’appareillage conventionnel bien réglé fait souvent partie de ce parcours.
Chez Audition Marc Boulet, l’appareillage de l’enfant est réalisé en lien étroit avec l’ORL prescripteur, l’orthophoniste et les équipes hospitalières. Marc Boulet, fondateur du réseau, est titulaire d’un diplôme universitaire d’audiophonologie pédiatrique obtenu à l’hôpital Necker-Enfants malades (son parcours et ses publications sont présentés sur le site). Les familles trouveront le détail de notre démarche sur les pages audioprothésiste pour enfant et appareillage auditif de l’enfant, ainsi que les règles de prise en charge et de remboursement.
La proposition anglaise repose sur un constat solide : un suivi systématique à 7-9 mois consomme d’importantes ressources pour identifier peu de surdités, et plus de la moitié des enfants concernés ne sont pas vus dans la fenêtre prévue. Recentrer les moyens sur les enfants les plus à risque et sur les situations d’inquiétude pourrait raccourcir les délais d’accès.
Un suivi principalement déclenché par les familles suppose toutefois que les signes soient reconnus, que les parents soient bien informés et qu’ils accèdent rapidement à une consultation. Ce modèle peut être moins protecteur pour les familles éloignées du système de soins. La revue systématique de 2024 plaide d’ailleurs, chez les enfants les plus exposés (séjour en réanimation néonatale de plus de cinq jours, grande prématurité, ventilation mécanique, ECMO, chirurgie de hernie diaphragmatique), pour un suivi audiologique au moins annuel jusqu’à 3 ou 4 ans, et pour un suivi prolongé de tous les enfants porteurs d’un CMV congénital.
Le document anglais ne démontre donc pas que la surveillance est inutile, ce qu’il ne prétend d’ailleurs pas : il propose d’en changer le mode, et invite à mieux cibler les enfants qui en tirent un réel bénéfice et à améliorer les moyens de repérer les autres.
Votre enfant présente une surdité confirmée par l’ORL ? L’appareillage d’un nourrisson ou d’un jeune enfant demande des compétences spécifiques, des mesures acoustiques adaptées et un suivi régulier en coordination avec l’ORL pédiatrique. Nos audioprothésistes accompagnent les familles dans le choix, l’adaptation et le suivi des solutions auditives de l’enfant. Trouvez le centre Audition Marc Boulet le plus proche et prenez rendez-vous.
Rédaction : Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État, Audition Marc Boulet.
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026