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Entre ambition technologique et rêves de maillot jaune, la Phonak Cycling Team a marqué le cyclisme professionnel du début des années 2000 par sa montée fulgurante et sa chute tout aussi brutale. Née en Suisse sous l’impulsion d’un industriel de l’audition fabriquant des appareils auditifs et des implants cochléaires, l’équipe s’est rapidement hissée au sommet du peloton mondial, s’illustrant sur le Tour de France avec des coureurs comme Óscar Pereiro, Santiago Botero ou Floyd Landis. Dans cette aventure du Tour de France, Phonak a laissé une marque indélébile. Mais derrière les performances impressionnantes se cachait une réalité plus sombre : une série de scandales de dopage qui finirent par précipiter la disparition de l’équipe. Retour sur l’épopée tourmentée de la Phonak Cycling Team, de ses débuts prometteurs à sa fin controversée.
La Phonak Cycling Team, née en 2000 grâce à l’entrepreneur Andrew Andy Rihs, était d’abord un projet modeste : une équipe suisse montée autour d’un budget de 2,5 M CHF et de quatorze coureurs peu connus. L’objectif ? Gagner en visibilité pour l’industrie des prothèses auditives, tout en gravissant lentement les échelons du cyclisme professionnel. Le succès de Phonak sur le Tour, c’était l’innovation au service du sport.

C’est en 2005, en intégrant le tout nouveau UCI ProTour, que l’équipe a pris une dimension majeure. Elle finit vice‐championne derrière Team CSC, cumulant 353 points (contre 390 à CSC), preuve de sa montée en puissance.
Phonak avait dès 2004 un plan clair : diversifier ses cartes. La machine de guerre Tyler Hamilton visait le « Tour », tandis que les baroudeurs comme Óscar Pereiro jouaient les échappées. En 2005, le trio Landis–Botero–Pereiro constituait un trio solide :


Phonak s’est avant tout imposée comme une force collective, notamment dans les contre-la-montre par équipes. En 2005, elle prend la tête du ProTour après un podium à Eindhoven. Sur le Tour, on l’a notamment vue dicter la cadence dans la 17ᵉ étape de 2006, préparant le terrain à Landis. Phonak travaillait dur pour réussir dans les étapes cruciales du Tour de France.
Lors du Tour 2006, Phonak mise tout sur Landis. Après une journée catastrophique à La Toussuire qui le fait chuter de la 1ère à la 11ᵉ place, il renverse la vapeur dès le lendemain. Il attaque dans la montée vers Morzine, reprend plus de 8 minutes et s’empare du maillot jaune. Ce succès marque l’histoire : c’est la première victoire d’un sponsor suisse sur le Tour. C’était la démonstration ultime de la stratégie Phonak sur le Tour de France.
Dès l’étape 17, l’équipe impose un rythme robustement organisé derrière Landis, l’empêchant d’être repris. La coordination parfaite, relais efficaces et volonté affichée illustrent une stratégie systémique. Les DS et coureurs ont employé chaque atout sur ce Grand Tour.



Le lendemain de son exploit, les résultats d’un contrôle post étape révèlent un T/E ratio anormalement élevé de Landis, dirigé vers une suspicion de testostérone. Phonak, fidèle à son éthique, le suspend immédiatement et enclenche le processus anti-dopage.
Le coup est rude : le principal sponsor iShares se retire, Andy Rihs annonce le démantèlement de l’équipe fin 2006, déclarant que les scandales dopage ont « épuisé sa passion » pour la discipline. L’échec retentissant du projet Phonak au Tour de France a marqué la fin d’une époque.
Vice-champion ProTour 2005, sacré meilleure équipe au Giro d’Italia 2006 (Trofeo Fast & Super Team), victoire collective à la Volta Catalunya, Paris‑Nice, Tour de Californie.
Phonak a prouvé qu’une équipe suisse, bien structurée, pouvait rivaliser au sommet. Mais les multiples affaires de dopage (Camenzind, Hamilton, Pérez, Landis…) révèlent les limites d’un projet cherchant à tout prix la performance. La saga Phonak Tour de France était un mélange d’ascensions fulgurantes et de descentes tragiques.


L’histoire de Phonak est une parabole : ascension rapide, stratégie collective ambitieuse, victoire éclatante et chute retentissante. Sa victoire au Tour 2006 est un moment de gloire, mais l’ombre du dopage jette un voile sur cette réussite. Régie par l’idéal d’un sport propre, elle s’est pourtant effondrée sous le poids des scandales. Le départ d’Andy Rihs vers un projet BMC Racing plus éthique en témoigne.
Si Phonak laisse un héritage, c’est celui d’une équipe qui a prouvé que l’ambition helvétique pouvait viser les sommets, mais aussi que dans le cyclisme, les succès éphémères doivent se bâtir sur l’intégrité.
Sources:
RoadCycling.com, Cyclingnews, SWI swissinfo.ch, Cyclingnews, Presseportal, SWI swissinfo.ch