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« Ça fait un bail que je ne suis pas revenue là ! » souffle Paméra Losange en franchissant la grille du stade Michel-Hidalgo, à Saint-Gratien (Val-d’Oise). Le sourire discret mais la démarche assurée, la jeune sprinteuse redécouvre la piste où elle a tant de fois façonné son talent. Ce jour-là, le retour a un parfum tout particulier : deux médailles d’or des Deaflympics pendent autour de son cou, brillantes comme une évidence mais lourdes d’efforts accumulés.
Ces récompenses, elle les a remportées à Tokyo, au Japon, lors des 25ᵉ Deaflympics. « Ce sont les Jeux olympiques pour les personnes sourdes », explique-t-elle simplement. Créée en 1924, cette compétition internationale désormais incontournable s’est tenue du 15 au 26 novembre 2025, rassemblant plus de 3 000 athlètes venus des quatre coins du monde. Pour la communauté sportive sourde et malentendante, c’est l’événement phare, un rendez-vous où se mêlent excellence, accessibilité et reconnaissance. Beaucoup ne connaissent pas assez les Deaflympics.
Aujourd’hui, les Deaflympics constituent la plus vaste scène sportive internationale consacrée aux athlètes sourds. Une vitrine essentielle, d’autant plus que ces sportifs se trouvent parfois dans un entre-deux institutionnel : avec un implant auditif, ils peuvent participer à des compétitions pour valides, notamment pour entendre le signal de départ, mais ils restent exclus des Jeux paralympiques. « Je trouve ça vraiment dommage », confie Paméra, sans s’étendre davantage. Une frustration partagée par de nombreux athlètes qui peinent encore à trouver leur place dans des structures sportives pensées pour d’autres publics.
Lors des Deaflympics 2025, Paméra Losange a été désignée porte-drapeau de la délégation française aux côtés du judoka Amadou Méité. « C’était une vraie fierté. Représenter la France et porter le drapeau, ça fait quelque chose, vraiment », raconte la jeune femme de 23 ans, originaire d’Arnouville. Elle abordait ces Jeux en grande favorite. Déjà double championne en 2022, au Brésil, elle visait au minimum un doublé sur 100 m et 200 m. Objectif largement atteint : deux nouvelles médailles d’or, et un record du monde amélioré sur 200 m en 23″87, un temps qui confirme sa suprématie sur la distance. Mais au-delà du résultat, une chose l’a marquée : l’ambiance. « Le stade était plein, les gens nous respectaient énormément. Ça m’a fait tellement chaud au cœur. » Un contraste saisissant avec l’édition 2022, disputée dans un stade complètement vide à Caxias do Sul. « C’était très particulier, presque déstabilisant. » Les Deaflympics 2022 marquent néanmoins une étape cruciale.
Née à Sarcelles, « seule sourde de la famille », comme elle le dit en riant, Paméra découvre l’athlétisme très jeune au sein de l’Entente Franconville Cesame Val-d’Oise (EFCVO). Le club restera son port d’attache. En revenant sur la piste de Saint-Gratien, elle laisse son regard glisser vers les lignes blanches : « C’est ici que j’ai fait mes premiers sprints. J’ai commencé toute petite. » Son père, Pierre Losange, joue un rôle déterminant. « Il a toujours été derrière moi. Il m’accompagne encore dans toutes mes compétitions. Sans lui, je ne serais pas là, même pour les Deaflympics. »
Paméra connaît ensuite une ascension fulgurante. Elle intègre l’Insep, « le graal » pour un athlète français, et s’entraîne quotidiennement aux côtés de sprinteuses valides. « Ça m’a beaucoup tirée vers le haut. S’entraîner avec les meilleures, ça pousse à se dépasser. » En 2023, elle devient championne de France du 200 m, une performance qui lui ouvre les portes de la préparation olympique pour Paris 2024, au sein du relais 4 × 100 m. Mais l’aventure tourne court. Quelques mois avant les Jeux, elle est écartée de la sélection. La fédération doute de sa capacité à entendre les signaux de transmission entre relayeuses. Le choc est immense bien qu’elle ait brillé aux Deaflympics. « Mentalement, ça a été très dur. J’ai même pensé arrêter l’athlétisme. » Elle reprend toutefois pied grâce à son coach Dimitri Demonière et à ses partenaires d’entraînement qui la soutiennent sans relâche.
Un autre sujet demeure sensible : l’absence de primes pour les médaillés des Deaflympics. « J’ai ramené deux médailles d’or, et il n’y a eu aucune prime versée par la fédération. C’est dur. On a l’impression qu’on ne nous met pas au même niveau que les valides. Pourtant, on montre qu’on est capables de grandes choses. » Paméra mène sa carrière sportive sans soutien financier majeur, sans sponsors et sans statut professionnel. En parallèle, elle suit une deuxième année de BTS prothésiste dentaire, jonglant entre études, entraînements et compétitions.
Malgré les blessures qui ont freiné son année 2025, la sprinteuse aborde 2026 avec détermination. « Pour l’instant, c’est vraiment la reprise, mais j’espère faire une belle saison. » Son premier objectif : briller aux Championnats de France en salle, du 13 au 15 février 2026, particulièrement sur 200 m où elle vise une performance d’envergure. L’été pourrait ensuite l’emmener vers les Championnats d’Europe. Et surtout, il y a son rêve : une médaille aux Jeux de Los Angeles en 2028. Elle en parle avec retenue mais avec une lueur indéniable dans les yeux. « Je sais que la route est encore longue. Mais je veux y croire. » Son regard se tourne aussi vers les Deaflympics à venir.
Les Deaflympics trouvent leur origine en 1924, lorsqu’Eugène Rubens-Alcais, cycliste français sourd et figure du mouvement sportif sourd, décide de créer une compétition internationale dédiée aux athlètes sourds. À cette époque, aucune structure n’existe pour permettre à ces sportifs d’évoluer sur la scène mondiale, alors même que les Jeux olympiques modernes commencent à prendre de l’ampleur. La première édition, baptisée alors « Jeux silencieux » (International Silent Games), se tient à Paris et réunit 148 athlètes venus de neuf pays. Cet événement fondateur marque la naissance du premier grand rendez-vous sportif pour une communauté marginalisée, souvent exclue des compétitions traditionnelles.
Après une interruption due à la Seconde Guerre mondiale, les Jeux reprennent en 1949 à Copenhague. À mesure que le mouvement se structure, les pays participants se multiplient et les disciplines s’étoffent. En 1955, le Comité international des sports des sourds (ICSD) est officiellement reconnu par le Comité international olympique (CIO), faisant des Deaflympics la première organisation paralympique au monde à recevoir cet aval. Contrairement aux Jeux paralympiques, qui apparaîtront en 1960, les Deaflympics possèdent ainsi une antériorité historique importante et une identité forte.
Durant les décennies suivantes, les Deaflympics s’internationalisent. De nouveaux continents rejoignent la compétition, dont l’Asie et les Amériques. L’athlétisme, discipline phare, s’accompagne progressivement de nombreux autres sports : natation, football, basket-ball, judo, cyclisme… En 1965, les premières Deaflympics d’hiver se tiennent à Oslo, ouvrant une nouvelle ère et élargissant encore les possibilités d’engagement sportif pour les athlètes sourds. Les épreuves de ski et de sports de glace s’ajoutent ainsi au programme.
En 2001, un tournant symbolique s’opère : les « Jeux mondiaux des sourds » adoptent officiellement le nom de « Deaflympics ». Cette dénomination, approuvée par le CIO, rapproche davantage l’événement des Jeux olympiques grand public tout en conservant sa spécificité culturelle et linguistique. Ce changement vise à renforcer la reconnaissance internationale, à simplifier la communication autour de l’événement et à mettre en avant une identité sportive assumée.
Les Deaflympics se distinguent par des règles adaptées aux particularités des athlètes sourds, notamment l’absence de signaux sonores. Les départs de courses se font à l’aide de signaux visuels, comme des feux lumineux ou des drapeaux. Contrairement à une idée répandue, les Deaflympics ne sont pas un équivalent direct des Jeux paralympiques : les athlètes sourds sont exclus du mouvement paralympique, ce qui rend les Deaflympics indispensables pour garantir une visibilité internationale à ces sportifs. Malgré cela, de nombreux athlètes sourds évoluent également dans des structures valides, certains participant même à des compétitions nationales et internationales hors Deaflympics.
Depuis les années 2000, les Deaflympics ont poursuivi leur expansion. Les éditions estivales attirent désormais plus de 3 000 athlètes venus de plus de 90 pays, et la médiatisation s’est améliorée grâce aux réseaux sociaux et à la mise en valeur des records mondiaux. Pourtant, des défis subsistent : manque de financement, inégalités de traitement entre pays, absence de primes dans certains États, et reconnaissance encore limitée du grand public. Les athlètes sourds doivent souvent composer avec un manque de structures professionnelles et un soutien financier insuffisant.
Au-delà du sport, les Deaflympics jouent un rôle essentiel dans la construction identitaire de la communauté sourde. Cet événement international favorise la rencontre de cultures signées différentes, renforce la visibilité de la langue des signes, et offre un espace où les personnes sourdes peuvent être pleinement elles-mêmes, sans avoir à s’adapter à des normes auditives. Plus qu’une simple compétition, les Deaflympics sont devenus un symbole de résilience, de performance et de reconnaissance culturelle.
À l’approche du centenaire en 2024 puis des éditions successives, le mouvement Deaflympics continue de se transformer. De plus en plus de nations investissent dans l’accompagnement des athlètes sourds, et l’intérêt médiatique progresse. Les enjeux futurs sont nombreux : améliorer l’accessibilité, renforcer la couverture médiatique, garantir l’équité sportive, et poursuivre la professionnalisation des athlètes. Mais une chose reste certaine : depuis 1924, les Deaflympics ont ouvert la voie à un modèle unique de sport inclusif, où le silence n’empêche ni la passion, ni la performance, ni la excellence.
Les sports d’endurance (marche, course à pied, cyclisme, randonnée), les sports de raquette et les activités de fitness sont généralement très bien tolérés. Les contraintes vibratoires et les risques de choc y sont modérés, ce qui limite les déplacements de l’appareil et les microtraumatismes du conduit auditif.
Les sports de contact (football, rugby, arts martiaux) exposent les appareils auditifs à des risques de chute, de choc ou de détérioration. Dans ces situations, il est souvent recommandé de retirer les aides auditives pendant l’effort ou d’utiliser des protections spécifiques, notamment pour les appareils contours d’oreille.
La sueur constitue un facteur de risque reconnu, en raison de son caractère corrosif. Les appareils récents bénéficient cependant de revêtements hydrophobes et de normes de protection élevées (IP67 ou IP68). Un entretien rigoureux après l’effort (essuyage, séchage, boîtier déshydratant) reste indispensable pour prévenir les pannes liées à l’humidité.
Certains modèles d'appareils auditifs comme les contours d'oreille sont spécifiquement optimisés pour une utilisation active : meilleure fixation dans le conduit auditif, résistance renforcée à l’eau et à la poussière, microphones protégés contre le vent. Les aides auditives à écouteur déporté avec embouts sur mesure offrent souvent un excellent compromis entre maintien et confort. Les appareils auditifs de type intra-auriculaires sont plus fragiles et sensibles à la transpiration. Le risque de panne est donc plus important avec ce type d'appareil.
Oui. Une audition fonctionnelle permet une meilleure perception de l’environnement sonore (véhicules, consignes, partenaires), ce qui réduit le risque d’accident, notamment lors des sports pratiqués en extérieur. Chez les sportifs malentendants, l’amplification auditive contribue directement à la sécurité et à la coordination.
Les appareils auditifs modernes disposent fréquemment de connectivités sans fil (Bluetooth), permettant une liaison directe avec des montres connectées, smartphones ou systèmes de coaching audio. Cela facilite l’accès aux consignes vocales, à la musique ou aux alertes sans compromettre la stabilité de l’appareil.
Oui. Des programmes spécifiques peuvent être créés par l’audioprothésiste afin de réduire la sensibilité au bruit du vent, d’optimiser la compréhension des sons utiles et de limiter la compression dynamique excessive liée à l’effort. Une adaptation personnalisée améliore nettement le confort auditif pendant l’activité physique.
La natation et les sports nautiques nécessitent des précautions particulières. Même avec des appareils étanches, il est généralement recommandé de retirer les aides auditives avant immersion et d’utiliser des solutions alternatives (protections auditives, systèmes de communication spécifiques) si l’audition est indispensable à la sécurité.
L’audioprothésiste joue un rôle central dans le choix du dispositif, l’adaptation des réglages et le conseil sur les accessoires (systèmes de maintien, protections anti-humidité). Une prise en charge individualisée permet d’allier performance sportive, sécurité et préservation du matériel auditif sur le long terme.