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En 2025, un communiqué de la société Altamira Therapeutics a relayé une méta-analyse présentée comme confirmant l’intérêt de la bétahistine associée à la manœuvre d’Epley dans le vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB). La réalité des données est plus nuancée. Deux méta-analyses récentes ont évalué cette association : elles suggèrent au mieux une amélioration de certains scores de gêne, sans démontrer une meilleure guérison ni moins de récidives.

Le point essentiel est simple : les manœuvres de repositionnement restent le traitement de référence du VPPB. La bétahistine ne les remplace pas, et sa prescription éventuelle relève exclusivement du médecin. Chez Audition Marc Boulet, nous faisons le point sur ce que disent réellement ces études.

Pourquoi parle-t-on de bétahistine dans le VPPB ?

Le VPPB est la cause la plus fréquente de vertige. Il est dû au déplacement de cristaux de l’oreille interne dans un canal semi-circulaire, le plus souvent le canal postérieur. Son traitement est mécanique : une manœuvre de repositionnement, comme celle d’Epley, guide ces cristaux hors du canal.

Même après une manœuvre réussie, une partie des patients garde pendant quelques jours une sensation d’instabilité ou de flottement, appelée instabilité résiduelle. C’est sur ce terrain que certains praticiens, dans les pays où la molécule est commercialisée, associent la bétahistine, un médicament apparenté à l’histamine prescrit notamment dans la maladie de Ménière.

L’information qui a circulé provient d’un communiqué d’Altamira Therapeutics. Cette société développe une formulation de bétahistine par voie nasale, baptisée AM-125, et a donc un intérêt direct à la valorisation de la molécule. Cela ne disqualifie pas l’étude qu’elle cite, publiée dans une revue à comité de lecture, mais invite à lire ses conclusions à la source plutôt qu’à travers le communiqué.

Que montre la méta-analyse de 2023 ?

La méta-analyse citée par le communiqué a été publiée en 2023 dans la revue Medicine. Elle regroupe 9 essais randomisés et 860 patients atteints de VPPB du canal postérieur : 432 ont reçu la manœuvre d’Epley associée à la bétahistine, 428 la manœuvre seule.

Son résultat principal est une amélioration plus marquée du Dizziness Handicap Inventory, un questionnaire qui mesure le retentissement des vertiges sur la vie quotidienne, dans le groupe traité par l’association.

Le communiqué passe en revanche sous silence un point décisif : le taux de guérison et le taux de récidive étaient comparables dans les deux groupes. Autrement dit, ajouter la bétahistine n’a pas fait guérir davantage de patients et n’a pas réduit le risque de nouvelle crise. Le bénéfice observé porte sur le ressenti fonctionnel, pas sur la résolution du VPPB lui-même.

Que montre la méta-analyse de 2024 ?

Une seconde méta-analyse, publiée en 2024 dans le World Journal of Otorhinolaryngology – Head and Neck Surgery, a posé la même question sur 8 essais randomisés et 516 patients, en se concentrant sur l’instabilité résiduelle.

Ses résultats sont plus réservés :

  • après une semaine de traitement, aucune différence cliniquement significative n’apparaît entre l’association et la manœuvre seule, ni sur le questionnaire de handicap, ni sur l’échelle visuelle de vertige, ni sur la persistance du vertige lors des tests de provocation ;
  • après quatre semaines, les patients ayant reçu la bétahistine rapportent une réduction plus importante de leur vertige sur l’échelle visuelle analogique.

Les auteurs concluent que l’association pourrait améliorer les suites à plus long terme, tout en soulignant que des essais avec un suivi plus long sont nécessaires. Une partie des analyses présente en outre une forte hétérogénéité entre études, ce qui limite la solidité des conclusions.

La bétahistine remplace-t-elle les manœuvres du VPPB ?

Non. Aucune de ces études ne compare la bétahistine seule à la manœuvre : toutes l’évaluent en complément de la manœuvre d’Epley. Un médicament ne remet pas un cristal à sa place.

La recommandation de pratique clinique américaine de référence, actualisée en 2017, retient les manœuvres de repositionnement comme traitement du VPPB et se prononce contre l’usage systématique des médicaments suppresseurs vestibulaires, antihistaminiques et benzodiazépines, dans cette indication. La bétahistine, non commercialisée aux États-Unis, n’y fait pas l’objet d’une recommandation.

Le diagnostic, le choix du canal traité et la réalisation de la manœuvre relèvent d’un médecin ou d’un masseur-kinésithérapeute spécifiquement formé. Tout ce qu’il faut savoir sur les symptômes, le diagnostic et le traitement du VPPB est détaillé dans notre page de référence.

Quelle place pour la bétahistine ?

Au vu de ces données, la bétahistine peut au mieux être discutée comme un traitement symptomatique complémentaire, par exemple chez un patient gêné par une instabilité qui persiste après une manœuvre réussie. Son bénéfice reste modeste et incertain.

La revue Cochrane consacrée à la bétahistine dans les vertiges, toutes causes confondues, conclut à un possible effet favorable sur les symptômes avec un niveau de preuve faible, et ne comptait qu’un seul essai portant sur le VPPB, à haut risque de biais. La molécule y apparaît globalement bien tolérée.

Quant à la formulation nasale AM-125, les éléments disponibles proviennent à ce stade de la société qui la développe. Son intérêt dans le VPPB reste à démontrer par des essais cliniques publiés.

Audition Marc Boulet ne prescrit aucun médicament et ne formule aucune recommandation de traitement : la décision revient au médecin, au regard de la situation de chaque patient.

Vertige, audition et risque de chute : où intervient l’audioprothésiste

Le VPPB ne provoque pas de baisse d’audition. Une perte auditive apparue en même temps que le vertige doit donc faire rechercher une autre atteinte de l’oreille interne, présentée dans notre article sur les vertiges liés à l’oreille interne. Dans ce contexte, un dépistage auditif apporte au médecin un élément objectif.

Le VPPB touche surtout les personnes de plus de 50 ans, chez qui une presbyacousie non corrigée est fréquente. Or une perte auditive non traitée est un facteur de risque de chute documenté, qui s’ajoute à celui du vertige. L’identifier et l’appareiller, lorsque c’est indiqué, fait partie d’une prévention globale des chutes. Chez une personne sujette aux vertiges, nous privilégions des aides auditives faciles à manipuler et bien maintenues dans l’oreille, qui ne se déplacent pas lors des mouvements de tête.

Si vous avez des vertiges associés à une gêne auditive, ou si votre audition n’a pas été évaluée récemment, nos audioprothésistes diplômés d’État réalisent un dépistage auditif sans engagement et vous orientent vers un médecin ORL lorsque la situation le justifie. Le déroulement de la première visite est décrit sur notre page premier rendez-vous avec un audioprothésiste.

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À retenir

  • Les manœuvres de repositionnement restent le traitement de référence du VPPB.
  • Deux méta-analyses ont évalué l’ajout de bétahistine à la manœuvre d’Epley.
  • La méta-analyse de 2023 retrouve une amélioration du score de handicap, mais pas davantage de guérisons ni moins de récidives.
  • La méta-analyse de 2024 ne trouve pas de différence cliniquement significative à une semaine, seulement un bénéfice symptomatique à quatre semaines.
  • L’information initiale provient du communiqué d’une société qui développe une formulation de bétahistine.
  • Toute prescription relève du médecin.

Sources

  • Li W, Sun J, Zhao Z, et al. Efficacy of Epley’s maneuver plus betahistine in the management of PC-BPPV: a systematic review and meta-analysis. Medicine (Baltimore) 2023;102(13):e33421. doi:10.1097/MD.0000000000033421
  • Alsolamy R, Alaraifi AK, Aloqaili Y. Effectiveness of betahistine as an add-on therapy to Epley maneuver for benign paroxysmal positional vertigo: a systematic review and meta-analysis. World Journal of Otorhinolaryngology – Head and Neck Surgery 2025;11(1):116-124 (publication en ligne en 2024). doi:10.1002/wjo2.161
  • Bhattacharyya N, Gubbels SP, Schwartz SR, et al. Clinical Practice Guideline: Benign Paroxysmal Positional Vertigo (Update). Otolaryngology–Head and Neck Surgery 2017;156(3_suppl):S1-S47. doi:10.1177/0194599816689667
  • Murdin L, Hussain K, Schilder AG. Betahistine for symptoms of vertigo. Cochrane Database of Systematic Reviews 2016;(6):CD010696. doi:10.1002/14651858.CD010696.pub2
  • Altamira Therapeutics. Communiqué de presse relatif à la méta-analyse publiée dans Medicine et au programme AM-125.

Rédaction et mise à jour

Rédaction : Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État, Audition Marc Boulet.

Dernière mise à jour : 26 septembre 2026.

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