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L’otite séreuse — aussi appelée otite séromuqueuse ou otite moyenne avec épanchement — désigne la présence de liquide derrière le tympan sans signe d’infection aiguë. Ni fièvre, ni douleur vive dans la majorité des cas : l’enfant entend mal, demande à répéter, monte le son de la télévision, et c’est souvent tout.
C’est la première cause de baisse d’audition acquise chez l’enfant. C’est aussi l’une des affections où les idées reçues sont les plus tenaces, y compris dans les contenus en ligne : décongestionnants, corticoïdes nasaux, antihistaminiques, huiles essentielles. Les recommandations internationales les plus récentes déconseillent explicitement les trois premières familles, et la quatrième n’a jamais été évaluée.
Cette page fait le point sur ce que l’on sait réellement : ce qu’est une otite séreuse, comment elle se diagnostique, ce que disent les recommandations sur sa prise en charge, à quel moment l’audition doit être mesurée — et ce que fait l’audioprothésiste, qui intervient en aval du médecin ORL.
L’oreille moyenne est une cavité normalement remplie d’air, la caisse du tympan. Dans l’otite séreuse, cet air est remplacé par un liquide plus ou moins épais — d’où le terme populaire de « colle » utilisé par les anglophones. Cet épanchement survient sans tableau d’infection aiguë. Il réduit la mobilité du tympan et de la chaîne des osselets, ce qui diminue la transmission du son vers l’oreille interne, et il en résulte une surdité de transmission légère à modérée, presque toujours réversible.
Une précision utile : absence de signes d’infection aiguë ne signifie pas liquide stérile. Une méta-analyse consacrée aux biofilms retrouve des cultures positives dans environ 40 % des épanchements, et des techniques moléculaires positives dans une proportion bien plus élevée. Cela n’en fait pas une otite aiguë et ne justifie pas un traitement antibiotique — nous y revenons plus bas — mais cela explique en partie pourquoi ces épanchements peuvent être si tenaces.
La trompe d’Eustache relie l’arrière des fosses nasales à l’oreille moyenne. Elle s’ouvre à chaque déglutition et à chaque bâillement pour renouveler l’air de la caisse et équilibrer les pressions de part et d’autre du tympan. Lorsqu’elle fonctionne mal, l’air de l’oreille moyenne est résorbé sans être remplacé, une dépression s’installe, et la muqueuse produit un liquide qui comble le vide.
Chez le jeune enfant, cette trompe est plus courte, plus horizontale et plus souple que chez l’adulte. Elle s’ouvre moins bien et se laisse plus facilement obstruer. C’est la raison anatomique pour laquelle l’otite séreuse est avant tout une affection pédiatrique, et pourquoi elle s’atténue spontanément avec la croissance.
La distinction est essentielle car elle change tout à la prise en charge. L’otite moyenne aiguë est une infection : douleur souvent intense, fièvre, tympan rouge et bombé, évolution en quelques jours. L’otite séreuse est un épanchement sans signes d’infection aiguë : pas ou peu de douleur, pas de fièvre, baisse d’audition qui s’installe et dure des semaines.
Les deux sont liées : une otite séreuse favorise les otites aiguës, et une otite aiguë laisse fréquemment derrière elle un épanchement qui met des semaines à se résorber. Notre page consacrée aux différentes formes d’otites détaille ces tableaux.
Plusieurs situations donnent une oreille bouchée avec baisse d’audition. Ce tableau aide à préparer la consultation ; il ne remplace pas l’examen du médecin, seul habilité à poser le diagnostic.
| Ce que l’on observe | Douleur | Fièvre | Durée | Piste évoquée |
|---|---|---|---|---|
| Baisse d’audition, oreille pleine, enfant qui fait répéter | Absente ou minime | Non | Semaines à mois | Otite séreuse |
| Douleur vive, pleurs nocturnes, tympan rouge | Intense | Fréquente | Quelques jours | Otite moyenne aiguë |
| Oreille bouchée après la douche ou un coton-tige | Absente | Non | Brutale | Bouchon de cérumen |
| Oreille qui se bouche et se débouche selon l’altitude | Variable | Non | Intermittente | Dysfonction tubaire |
| Écoulement de l’oreille, audition fluctuante | Variable | Possible | Récidivante | Otite chronique — avis ORL |
| Adulte, une seule oreille, sans contexte ORL | Absente | Non | Persistante | Examen du cavum indispensable |
La dernière ligne mérite qu’on s’y arrête, nous y revenons plus bas. Pour les autres causes de sensation d’oreille bouchée, notre article dédié fait le tour de la question.
Le symptôme principal est une baisse d’audition, mais un jeune enfant ne verbalise généralement pas spontanément qu’il entend moins bien. Ce sont les signes indirects qui alertent :
La douleur est rare, et c’est précisément ce qui rend l’otite séreuse silencieuse. L’absence de douleur n’exclut pas un retentissement auditif significatif : un enfant peut entendre mal pendant des mois sans que personne s’en aperçoive.
Chez l’adulte, l’otite séreuse est moins fréquente et se manifeste par une sensation d’oreille pleine, une baisse d’audition, une perception d’acouphènes ou une autophonie — la sensation d’entendre sa propre voix résonner dans la tête. Elle fait souvent suite à un rhume, une sinusite ou un voyage en avion.
Une otite séreuse unilatérale chez un adulte, sans cause ORL évidente, impose un examen du cavum par un médecin ORL. Une obstruction de l’orifice de la trompe d’Eustache par une lésion du rhinopharynx peut se révéler de cette façon, et c’est parfois le seul signe d’appel. Ce n’est pas la cause la plus fréquente, loin de là, mais c’est celle qu’il ne faut pas manquer.
Chez l’enfant en collectivité, la fréquence des épisodes est telle qu’une otite séreuse transitoire relève presque de la banalité. C’est la persistance, et son retentissement sur l’audition, qui déterminent la conduite à tenir.

Le diagnostic est clinique et relève du médecin. Les recommandations internationales sont précises sur la méthode.
L’otoscopie pneumatique est l’examen de référence : le médecin observe le tympan tout en faisant varier la pression dans le conduit. Un tympan immobile, rétracté ou d’aspect ambré signe l’épanchement. La recommandation de l’American Academy of Otolaryngology impose de documenter la présence de liquide par cette technique avant de poser le diagnostic.
La tympanométrie est indiquée lorsque l’otoscopie laisse un doute. Elle mesure la mobilité du tympan en fonction de la pression : une courbe plate, dite de type B, est très évocatrice d’un épanchement. C’est un examen rapide, indolore, réalisable chez le jeune enfant. Notre page sur le tympanomètre en explique le principe.
L’évaluation audiologique occupe une place centrale, et les recommandations britanniques NICE publiées en 2023 sont explicites : l’évaluation formelle d’une otite séreuse chez l’enfant doit comprendre un examen clinique avec otoscopie, une mesure de l’audition et une tympanométrie. L’audition n’est donc pas testée seulement au bout de trois mois : elle fait partie du bilan initial.
Le délai de trois mois correspond à la réévaluation. NICE recommande de réévaluer l’audition après trois mois en cas d’otite séreuse bilatérale avec perte auditive, et d’envisager la même réévaluation dans les formes unilatérales. Une évaluation ou une intervention plus précoce est indiquée lorsque les difficultés auditives retentissent sur la vie quotidienne, la communication ou les apprentissages. C’est la mesure de l’audition, et non l’aspect du tympan, qui détermine la suite. Les tests auditifs associent audiométrie tonale et, selon l’âge, audiométrie vocale.
L’imagerie n’a pas sa place dans un diagnostic de routine. Elle est réservée aux situations atypiques ou compliquées.
Chez un enfant qui n’est pas à risque, la recommandation est une surveillance active pendant trois mois, à compter de la date de début de l’épanchement si elle est connue, ou de la date du diagnostic sinon. La majorité des otites séreuses se résolvent spontanément dans ce délai. Au-delà, une réévaluation tous les trois à six mois est recommandée jusqu’à résolution, jusqu’à la mise en évidence d’une perte auditive significative, ou jusqu’à la suspicion d’une anomalie structurelle du tympan.
Ces trois mois ne constituent pas un délai d’attente obligatoire pour tout le monde. Une évaluation plus précoce est indiquée lorsque la baisse d’audition est importante, lorsque le langage ou les apprentissages sont affectés, ou chez un enfant présentant des facteurs de vulnérabilité sensoriels, physiques, cognitifs ou comportementaux. Chez ces enfants à risque, l’audition doit être mesurée quelle que soit la durée de l’épanchement.
Cette surveillance n’est donc pas de l’inaction : elle suppose des consultations programmées et une mesure de l’audition au bon moment.
C’est le point sur lequel la plupart des contenus en ligne, y compris la version précédente de cette page, se trompaient. La recommandation américaine, coproduite avec l’Académie américaine de pédiatrie et l’Académie américaine de médecine de famille, formule trois recommandations fortes contre :
Une précision s’impose sur les antibiotiques, car la formulation courante « ils ne servent à rien » est inexacte. Une revue Cochrane de 2023, portant sur dix-neuf essais et 2 581 enfants, montre qu’ils peuvent réduire la proportion d’enfants présentant encore un épanchement à trois mois par rapport à l’absence de traitement — risque relatif 0,64, intervalle de confiance à 95 % de 0,50 à 0,80, sur six essais et 542 participants, avec un niveau de certitude faible. Mais l’effet sur l’audition reste très incertain, aucun bénéfice durable n’est établi, et les auteurs rappellent que la résolution spontanée est élevée. C’est la mise en balance de ce bénéfice modeste avec les effets indésirables et l’antibiorésistance qui conduit les recommandations à les déconseiller dans cette indication.
Les corticoïdes, antihistaminiques et décongestionnants, eux, n’améliorent pas la résolution de l’épanchement et exposent à des effets indésirables. La prescription de l’une de ces molécules relève d’une décision médicale dans des situations particulières — une rhinite allergique documentée, par exemple, se traite pour elle-même — mais pas au titre du traitement de l’otite séreuse.
L’autoinflation consiste à insuffler de l’air dans le nez pour forcer l’ouverture de la trompe d’Eustache, le plus souvent à l’aide d’un petit ballon nasal. Une revue Cochrane publiée en 2023, portant sur onze essais et 1 036 participants, a évalué la méthode contre l’absence de traitement.
Les résultats sont réels mais mesurés. La persistance de l’épanchement à trois mois est légèrement réduite, avec un risque relatif de 0,88 (intervalle de confiance à 95 % : 0,80 à 0,97), soit environ 89 enfants sur 1 000 en moins avec un épanchement persistant. La qualité de vie spécifique s’améliore modérément à trois mois. En revanche, l’effet sur le retour à une audition normale reste incertain, et un risque accru de douleur d’oreille a été rapporté. Les auteurs classent l’ensemble des données en niveau de certitude faible à très faible.
Autrement dit : c’est peu coûteux, peu risqué, et cela peut valoir la peine pendant la période de surveillance, mais ce n’est pas un traitement qui dispense du suivi. Notre article sur l’Otovent et la rééducation tubaire détaille la technique et ses limites.
Lorsque l’épanchement persiste et retentit sur l’audition, la chirurgie devient l’option de référence. Il s’agit de la pose d’aérateurs transtympaniques — appelés aussi drains, diabolos ou yoyos — qui rétablissent la ventilation de l’oreille moyenne.
Les critères diffèrent légèrement selon les référentiels, et il est honnête de le dire. La recommandation américaine consacrée aux aérateurs, mise à jour en 2022, retient la pose bilatérale chez l’enfant présentant une otite séreuse bilatérale depuis trois mois ou plus ET une gêne auditive documentée, et déconseille la pose pour un épisode unique de moins de trois mois. NICE 2023 est plus souple : les aérateurs sont à envisager dès lors qu’une otite séreuse entraîne une perte auditive, en intégrant le retentissement réel et la décision partagée avec la famille, après discussion des risques — perforation, atrophie localisée, tympanosclérose, infection.
Les deux référentiels divergent aussi sur l’adénoïdectomie. Selon la recommandation américaine de 2022, l’enfant de moins de quatre ans reçoit des aérateurs sans adénoïdectomie associée, sauf indication propre — obstruction nasale, adénoïdite chronique — et à partir de quatre ans, aérateurs, adénoïdectomie ou les deux peuvent être proposés. NICE 2023 recommande au contraire d’envisager une adénoïdectomie adjuvante chaque fois que des aérateurs sont planifiés, sauf anomalie du palais. Cette divergence se discute avec le chirurgien, pas sur internet.
Un dernier point concerne le suivi : NICE recommande un contrôle de l’audition six semaines après la chirurgie. Si la perte auditive a disparu, l’enfant peut être suivi de façon allégée ; si elle persiste, elle doit être explorée.
Un point contre-intuitif mérite d’être connu des parents : la recommandation déconseille les précautions systématiques vis-à-vis de l’eau chez l’enfant porteur d’aérateurs — bouchons, bandeaux, interdiction de la baignade. Notre article sur les yoyos chez l’enfant et l’adulte revient en détail sur le sujet.

Douleur intense d’apparition brutale, fièvre élevée, écoulement de l’oreille. Vertiges. Paralysie faciale, même partielle. Rougeur, gonflement ou décollement derrière l’oreille, qui peuvent évoquer une complication mastoïdienne.
Baisse d’audition qui dure au-delà de quelques semaines. Retard ou régression du langage chez un enfant. Otites aiguës à répétition. Difficultés scolaires nouvelles ou troubles du comportement chez un enfant en âge scolaire. Otite séreuse unilatérale persistante chez l’adulte.
Toute otite séreuse connue justifie une réévaluation à trois mois, avec mesure de l’audition si l’épanchement persiste.
La perte auditive liée à une otite séreuse est une surdité de transmission généralement légère à modérée : une revue systématique portant sur douze études retrouve des seuils moyens de l’ordre de 18 à 35 dB HL chez l’enfant, avec une courbe globalement plate, et une atteinte de la compréhension de la parole aussi bien dans le calme que dans le bruit. Cela paraît peu. Pour un enfant de trois ans en pleine acquisition du langage, c’est considérable : il perçoit les voyelles mais perd une partie des consonnes, celles qui portent l’information phonologique. Il entend qu’on lui parle sans comprendre précisément ce qu’on lui dit.
Les recommandations insistent sur ce point : il faut déterminer si l’enfant est à risque de troubles du langage ou des apprentissages en raison de facteurs sensoriels, physiques, cognitifs ou comportementaux préexistants, et informer les familles d’un enfant présentant une otite séreuse bilatérale avec perte auditive documentée de l’impact potentiel sur le développement du langage.
C’est précisément là que se situe l’intervention de l’audioprothésiste. Nous ne posons pas de diagnostic et ne traitons pas l’otite séreuse — cela relève du médecin ORL. Nous réalisons le dépistage auditif, nous quantifions la perte, nous suivons son évolution dans le temps, et nous orientons.
Dans la très grande majorité des cas, une otite séreuse ne nécessite aucun appareillage : elle se résout, l’audition revient. L’appareillage concerne des situations précises, et il est important de ne pas les confondre.
Le principe consiste à contourner l’oreille moyenne : un processeur porté sur un bandeau souple ou un serre-tête transmet les vibrations sonores directement à l’os du crâne, qui les conduit à la cochlée. Le liquide présent dans la caisse du tympan n’est plus un obstacle, puisque le son ne passe plus par elle.
NICE 2023 recommande d’envisager, chez l’enfant présentant une perte auditive liée à une otite séreuse, soit une aide auditive en conduction aérienne, soit un dispositif à conduction osseuse. Le choix entre les deux obéit à des critères précis. La conduction osseuse est à privilégier lorsque les niveaux auditifs fluctuent — ce qui est fréquent dans l’otite séreuse — ou lorsqu’il existe une contre-indication à la conduction aérienne : antécédents d’otorrhée, conduit auditif étroit, ou risque d’ingestion des petites pièces d’un appareil classique chez le jeune enfant. À l’inverse, la conduction aérienne convient mieux lorsque la perte est stable et que l’enfant tolère mal le serre-tête.
Deux précisions importantes, souvent mal restituées. Cette solution sur serre-tête n’implique aucune chirurgie : elle est réversible, ajustable, et se retire le soir. À l’inverse, les systèmes implantés à ancrage osseux relèvent d’une chirurgie et ne sont pas indiqués dans une affection transitoire comme l’otite séreuse : ils s’adressent aux surdités de transmission ou mixtes durables. Confondre les deux, comme le font beaucoup de contenus en ligne, revient à proposer une opération pour un problème qui se résoudra seul.
Chez l’enfant, l’ajustement doit être revu régulièrement : la croissance du crâne modifie la pression d’application du vibrateur, dont dépend directement le rendement acoustique. Un serre-tête mal tendu sous-appareille, un serre-tête trop tendu devient douloureux et finit par être refusé.
L’appareillage en conduction osseuse est l’un des domaines de spécialisation historiques d’Audition Marc Boulet, développé en collaboration avec le service ORL de l’hôpital Bicêtre (AP-HP) et documenté par plusieurs publications scientifiques.
Nos travaux ont notamment porté sur les systèmes transcutanés à aimant, avec une série de vingt premières implantations évaluant en particulier la tolérance cutanée, facteur déterminant du confort et du maintien du port sur le long terme. Une étude ultérieure a comparé un implant actif à conduction osseuse à un système transcutané passif chez six patients, montrant un gain fonctionnel supérieur dans les fréquences aiguës et une meilleure compréhension dans le bruit avec le dispositif actif. Ces travaux concernent des surdités durables chez des patients implantés, et non l’otite séreuse de l’enfant ; ils expliquent en revanche pourquoi nos équipes maîtrisent les réglages spécifiques à la conduction osseuse, y compris dans sa version non chirurgicale sur serre-tête.
Qu’il y ait appareillage ou non, l’enfant présentant une otite séreuse persistante doit faire l’objet d’un suivi audiologique régulier. Nos audioprothésistes formés à l’audiologie pédiatrique réalisent ces mesures en lien avec le médecin ORL, avec des techniques adaptées à l’âge. La prise en charge complète est décrite sur nos pages audioprothésiste pour enfant et appareillage de l’enfant.
Chez l’adulte dont l’épanchement persiste et laisse une perte auditive, le choix du dispositif se fait sur l’audiométrie, l’état du conduit et du tympan, et le mode de vie. Notre page comment choisir son aide auditive expose ces critères, et l’article consacré à l’Osia et son remboursement traite du cas particulier des implants à conduction osseuse.
Faire mesurer l’audition de votre enfant ou la vôtre — nos audioprothésistes réalisent un dépistage auditif sans engagement dans les centres du réseau, et transmettent les résultats au médecin ORL qui suit le dossier. Le premier rendez-vous permet de faire le point.
Rédaction : Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État, fondateur et directeur du réseau Audition Marc Boulet.
Diplômé du CNAM en 2000, il est titulaire du DU d’audiophonologie pédiatrique (hôpital Necker) et du DU d’audioprothèse implantable (Pitié-Salpêtrière). Il enseigne à l’école d’audioprothèse de Bordeaux depuis 2014 et au DIU de chirurgie de l’oreille moyenne de l’université Paris-Saclay depuis 2021. Il collabore avec le service ORL de l’hôpital Bicêtre (AP-HP), avec lequel il a co-signé plusieurs publications scientifiques consacrées à l’appareillage des surdités complexes : conduction osseuse, implants auditifs, surdités asymétriques et surdités cachées.
Dernière mise à jour : 12 septembre 2026.
La durée varie beaucoup. Une grande proportion des otites séreuses disparaissent spontanément en quelques semaines à quelques mois. Chez l'enfant qui n'est pas à risque et dont le retentissement est limité, une période de surveillance d'environ trois mois est généralement recommandée. Une évaluation plus précoce est indiquée lorsque la baisse d'audition est importante, lorsque le langage ou les apprentissages sont affectés, ou chez un enfant présentant des facteurs de vulnérabilité. Au-delà de trois mois, on parle habituellement d'otite séreuse chronique et le suivi se poursuit à intervalles réguliers. Chez l'adulte, la guérison sans traitement est fréquente mais peut demander plusieurs mois.
Rarement. L'absence de douleur est même une caractéristique de l'otite séreuse et ce qui la distingue de l'otite moyenne aiguë. Une douleur peut apparaître en cas de surinfection, lors de variations de pression importantes, ou lorsque le tympan est très rétracté. L'absence de douleur n'exclut pas un retentissement auditif significatif : c'est ce qui permet à une baisse d'audition de passer inaperçue pendant des mois chez un enfant.
Non. L'otite séreuse n'est pas une infection aiguë et n'est donc pas elle-même contagieuse. Elle survient néanmoins souvent après une rhinopharyngite ou une autre infection respiratoire, qui, elle, peut l'être — ce qui explique pourquoi les enfants en collectivité sont plus touchés. À noter que l'absence de signes d'infection aiguë ne signifie pas que l'épanchement soit stérile : une méta-analyse retrouve des cultures positives dans environ 40 % des épanchements et des biofilms dans une proportion encore plus large, sans que cela justifie pour autant un traitement antibiotique.
Non. La recommandation américaine sur l'otite moyenne avec épanchement, coproduite avec l'Académie américaine de pédiatrie, formule une recommandation forte contre l'utilisation d'antibiotiques par voie générale dans cette indication. La nuance mérite d'être expliquée : une revue Cochrane de 2023 montre que les antibiotiques peuvent légèrement réduire la persistance de l'épanchement à trois mois, avec un niveau de certitude faible, mais que le bénéfice sur l'audition reste très incertain et qu'aucun avantage durable n'est établi. Compte tenu du taux élevé de résolution spontanée, des effets indésirables et de l'antibiorésistance, la balance penche clairement contre. Une otite moyenne aiguë surajoutée est une situation différente, que le médecin traite selon ses propres critères.
Les recommandations internationales les déconseillent explicitement. Elles formulent une recommandation forte contre les corticoïdes, par voie nasale comme par voie générale, et une recommandation forte contre les antihistaminiques et les décongestionnants, seuls ou associés, dans le traitement de l'otite séreuse. Ces molécules n'améliorent pas la résolution de l'épanchement. Si une rhinite allergique est documentée, elle se traite pour elle-même — c'est une décision qui appartient au médecin, et non un traitement de l'otite séreuse.
Partiellement. Une revue Cochrane de 2023, portant sur onze essais et 1 036 participants, montre que l'autoinflation réduit légèrement la persistance de l'épanchement à trois mois — risque relatif 0,88, intervalle de confiance à 95 % de 0,80 à 0,97 — et améliore modérément la qualité de vie. En revanche, l'effet sur le retour à une audition normale reste incertain et un risque accru de douleur d'oreille a été rapporté. L'ensemble des données est de niveau de certitude faible à très faible. C'est donc un geste peu coûteux et peu risqué à discuter avec le médecin pendant la surveillance, pas un traitement à part entière.
Lorsque c'est possible, il est préférable de différer un voyage aérien en présence d'une otite séreuse symptomatique. La trompe d'Eustache ne parvenant pas à équilibrer correctement les pressions, les variations du décollage et surtout de la descente peuvent provoquer une douleur importante, voire un barotraumatisme. Si le voyage ne peut être reporté, un avis médical préalable est préférable. Pendant le vol, avaler, bâiller, mâcher ou boire régulièrement favorise l'ouverture de la trompe d'Eustache ; chez l'adulte ou le grand enfant, certaines manœuvres d'équilibrage peuvent être utilisées si elles sont correctement maîtrisées.
Non, c'est formellement déconseillé. La plongée impose une compensation constante et rapide de la pression par la trompe d'Eustache, précisément ce qui ne fonctionne pas dans l'otite séreuse. Le risque est celui d'une douleur intense, de vertiges, d'un barotraumatisme ou d'une perforation du tympan. Une guérison complète, confirmée par un médecin ORL, est nécessaire avant de replonger.
Dans la plupart des cas, oui, une fois la période postopératoire passée. C'est l'une des recommandations les plus contre-intuitives pour les parents : la recommandation américaine sur les aérateurs transtympaniques, mise à jour en 2022, déconseille les précautions systématiques au long cours — bouchons, bandeaux, interdiction de la baignade ou des sports aquatiques — chez l'enfant porteur d'aérateurs. Des précautions temporaires restent en revanche recommandées juste après l'intervention : NICE conseille de maintenir l'oreille sèche pendant les deux semaines qui suivent la pose, et de reprendre les protections en cas d'otorrhée récidivante. Suivez donc les consignes du chirurgien qui a opéré.
La perte auditive liée à l'épanchement lui-même est une surdité de transmission, presque toujours réversible dès que le liquide se résorbe. Le risque n'est donc pas une surdité définitive dans la majorité des cas, mais le retentissement d'une baisse d'audition prolongée sur le développement du langage et les apprentissages chez un jeune enfant. Des formes chroniques peuvent par ailleurs abîmer le tympan à long terme. C'est la raison pour laquelle la mesure de l'audition et le suivi comptent davantage que l'aspect du tympan à un instant donné. Une audiométrie tonale et, selon l'âge, une audiométrie vocale permettent de quantifier précisément la gêne.
Un jeune enfant ne verbalise généralement pas spontanément qu'il entend moins bien. Les signes sont indirects : il fait répéter, répond à côté, monte le son des écrans, parle fort, semble inattentif, ou son langage stagne. L'enseignant signale parfois un décrochage en classe. Devant ces signes, une évaluation audiologique adaptée à l'âge est nécessaire. Notre test auditif en ligne peut donner une première orientation chez un adolescent ou un adulte, mais il ne permet ni de diagnostiquer une otite séreuse, ni d'évaluer de façon fiable l'audition d'un jeune enfant : chez celui-ci, l'évaluation repose sur des techniques audiométriques adaptées à son âge, réalisées en cabine. Nos audioprothésistes réalisent ce dépistage auditif dans les centres du réseau, en lien avec le médecin ORL.