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Sifflements, bourdonnements, grésillements… Les acouphènes touchent des millions de personnes en France, mais restent encore largement méconnus ou banalisés. Invisibles pour l’entourage, ces bruits fantômes peuvent pourtant devenir un véritable calvaire au quotidien. Comment faire entendre une douleur que l’on ne voit pas ? Pour répondre à cette question, un groupe d’étudiants en audioprothèse a choisi un moyen aussi original qu’efficace : le court-métrage.
Réalisé par Valentin Authenac, étudiant à Bordeaux, « Ombre Bruyante » nous plonge dans l’univers sensoriel d’un jeune musicien confronté à des acouphènes envahissants. Plus qu’une fiction, ce film est un outil de sensibilisation, mais aussi d’espoir pour celles et ceux qui en souffrent. Découvrez ce projet innovant, né d’un engagement passionné pour la santé auditive.
Parler des acouphènes n’est jamais simple. Pourtant, ils touchent aujourd’hui entre 10 et 15 % de la population française, avec des répercussions parfois lourdes sur la qualité de vie. Pour mieux faire comprendre cette réalité souvent invisible, un groupe d’étudiants en audioprothèse à Bordeaux a choisi une voie originale et artistique : le cinéma.
Un court-métrage intitulé « Ombre Bruyante » est désormais disponible en ligne. Ce film de 7 minutes, à la fois esthétique et émouvant, nous plonge dans le quotidien de Maxime, un jeune pianiste dont la vie est perturbée par des acouphènes persistants. Réalisé et scénarisé par Valentin Authenac, étudiant en deuxième année à l’école d’audioprothèse de Bordeaux et président de l’Association bordelaise des étudiants en audioprothèse (ABEA) pour l’année 2024-2025, ce projet a pour vocation de sensibiliser le grand public à une souffrance souvent méconnue et minimisée.
« Avec l’ABEA, nous souhaitions porter un message fort sur la santé auditive. Utiliser le format du court-métrage nous a semblé à la fois moderne, accessible et percutant », explique Valentin Authenac.
Le film s’attache à montrer l’impact émotionnel et psychologique des acouphènes, à travers une métaphore visuelle forte : une ombre omniprésente, incarnation du bruit parasite, qui suit Maxime dans tous les moments de sa vie. Une manière symbolique de représenter l’intrusion constante de ces sons fantômes dans l’esprit de ceux qui en souffrent.
Loin de se limiter à une illustration dramatique, « Ombre Bruyante » propose également des pistes de compréhension et de prise en charge, rappelant que la première étape vers une solution passe par une consultation chez un médecin ORL. La bande-son du film, particulièrement travaillée, utilise un son aigu aux alentours de 4 000 Hz, caractéristique de nombreux acouphènes, mais modéré dans les très hautes fréquences pour éviter tout inconfort aux spectateurs.
« Les acouphènes sont une douleur invisible, difficile à expliquer et souvent incomprise. Il était essentiel pour nous de transmettre cette complexité sans tomber dans le pathos », souligne Valentin.
Réalisé en parallèle de leurs stages en centre d’audioprothèse, ce film est le fruit de six mois de travail bénévole. Les étudiants y ont investi leurs week-ends et une belle énergie créative. De la conception du scénario à la réalisation des effets visuels, en passant par la direction artistique, tout a été pensé et porté par une équipe passionnée.
Afin de financer ce projet, l’ABEA a d’abord engagé ses fonds propres, avant que Valentin Authenac ne remporte le prix de la Fondation Écouter Voir, qui a permis de débloquer une aide de 3 000 euros. L’université de Bordeaux et des partenaires de l’école d’audioprothèse ont également apporté leur soutien.
Le tournage a pu se concrétiser grâce à la collaboration avec Soleïa Production, une jeune société bordelaise, et à la participation du comédien Louis Baron, issu du théâtre. Valentin Authenac incarne lui-même un rôle secondaire dans le film.
Accessible dès à présent sur les réseaux sociaux, le court-métrage sera également projeté à l’automne, notamment dans le cadre d’événements organisés en partenariat avec l’université de Bordeaux. Ces projections visent à prolonger la sensibilisation auprès des étudiants et du grand public.
Les acouphènes ne touchent pas uniquement les musiciens, comme le personnage principal du film. Ils peuvent survenir à tout âge, à la suite d’un traumatisme sonore, d’un stress intense, ou encore en lien avec des pathologies de l’oreille interne. S’ils sont souvent bénins, ils peuvent aussi devenir chroniques et invalidants.
À travers ce projet, les étudiants en audioprothèse bordelais rappellent avec justesse que la santé auditive est un enjeu de santé publique, et que personne ne devrait rester seul face au bruit dans sa tête.