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Aucun remède naturel n’a montré à ce jour sa capacité à faire disparaître un acouphène chronique. Les compléments alimentaires les plus vendus, comme le ginkgo biloba ou le zinc, n’ont pas montré d’efficacité dans les essais contrôlés. En revanche, plusieurs approches sans médicament réduisent la gêne et améliorent la qualité de vie : comprendre son acouphène, les thérapies cognitives et comportementales, l’enrichissement sonore et, lorsqu’une perte auditive est associée, l’appareillage auditif. Avant toute démarche, un examen médical et un dépistage auditif permettent d’identifier une cause et d’orienter la prise en charge.
| Approche | Ce que montrent les données | En pratique |
|---|---|---|
| Information et compréhension de l’acouphène | Recommandée par les guides de pratique clinique en première intention | Toujours utile : elle réduit l’inquiétude et prépare les autres étapes |
| Thérapie cognitive et comportementale (TCC) | Réduction de l’impact de l’acouphène sur la qualité de vie en fin de traitement, avec un niveau de preuve faible à modéré | Approche non médicamenteuse la mieux étayée |
| Enrichissement sonore (sons de fond, générateurs) | Utilisé largement ; données insuffisantes pour démontrer un bénéfice, et pas de recommandation générale du NICE | Éviter le silence complet, surtout le soir |
| Appareillage auditif en cas de perte auditive | Recommandé par les guides américain et britannique lorsqu’une perte auditive est documentée ; déconseillé par le NICE sans perte auditive ; preuves d’efficacité encore limitées | À évaluer lorsqu’une perte auditive est mise en évidence |
| Relaxation, sophrologie, hypnose | Peu d’essais rigoureux spécifiques aux acouphènes | Peut aider à gérer le stress associé ; pas d’effet spécifique démontré sur l’acouphène |
| Ginkgo biloba, zinc, mélatonine et autres compléments | Pas d’effet démontré ; les guides américains recommandent de ne pas les utiliser pour traiter l’acouphène | Déconseillés comme traitement ; avis médical indispensable en cas de traitement en cours |
| Homéopathie, huiles essentielles, remèdes de grand-mère | Aucune étude de qualité | Ne rien introduire dans le conduit auditif |
Certains acouphènes justifient une consultation médicale rapide, avant tout essai de remède naturel :
Le diagnostic de la cause d’un acouphène relève du médecin, généraliste ou ORL. L’audioprothésiste intervient pour le dépistage auditif, la mesure de l’acouphène et, lorsqu’elle est indiquée, l’adaptation d’aides auditives.
Un acouphène est la perception d’un son (sifflement, bourdonnement, grésillement) sans source sonore extérieure. Il concernerait 10 à 15 % des adultes selon le guide de pratique clinique de l’American Academy of Otolaryngology–Head and Neck Surgery. Ce n’est pas une maladie en soi mais un symptôme, le plus souvent lié à une atteinte de l’audition : lorsque l’oreille interne transmet moins d’informations sur certaines fréquences, le système auditif central compense et peut générer une activité perçue comme un son.
Cette atteinte n’apparaît pas toujours sur un audiogramme classique, qui teste l’audition par octave ou demi-octave. Dans une étude publiée en 2019 dans Clinical Otolaryngology par Jérôme Lefeuvre, Marc Boulet et les équipes ORL des hôpitaux Bicêtre et Pitié-Salpêtrière (AP-HP), 66 patients souffrant d’acouphènes chroniques ont bénéficié d’un audiogramme haute définition, beaucoup plus fin en fréquence. Les 30 patients dont l’audiogramme classique était normal présentaient tous une petite perte auditive localisée, invisible sur l’examen standard, et la fréquence de l’acouphène était très fortement corrélée à celle de cette « micro-perte ». Ces résultats sont détaillés dans nos articles sur les acouphènes et les pertes auditives cachées et sur l’intérêt de l’audiométrie haute définition.
Le stress, la fatigue et le manque de sommeil ne créent généralement pas l’acouphène, mais ils en augmentent la perception et la gêne. C’est sur ce cercle vicieux qu’agissent la plupart des approches dites naturelles.
Savoir d’où vient l’acouphène, qu’il n’est dans la grande majorité des cas pas le signe d’une maladie grave et que la gêne diminue souvent avec le temps réduit l’anxiété qui l’entretient. Les guides de pratique clinique américain et européen placent cette information en première étape de toute prise en charge. Mesurer la gêne avec un questionnaire validé, comme le questionnaire THI, permet aussi de suivre de manière standardisée le retentissement ressenti.
La TCC aide à modifier les pensées et les comportements qui amplifient la gêne : surveillance permanente du bruit, évitement du silence ou des sorties, catastrophisme. Une revue Cochrane publiée en 2020 (28 essais, 2 733 participants) conclut qu’elle peut réduire l’impact de l’acouphène sur la qualité de vie en fin de traitement : l’écart correspond à environ 11 points sur l’échelle THI par rapport à l’absence de prise en charge, au-delà du seuil de 7 points considéré comme cliniquement pertinent. Le niveau de preuve reste faible à modéré et les données manquent au-delà de la fin du traitement. C’est néanmoins l’approche non médicamenteuse la mieux documentée, recommandée par les guides américain et européen.
Le silence rend l’acouphène plus présent. Un fond sonore discret, comme un ventilateur, une musique douce ou des sons de nature, réduit le contraste entre l’acouphène et l’environnement, en particulier à l’endormissement. Des générateurs de bruit, portés à l’oreille ou intégrés aux aides auditives, reposent sur le même principe. Une revue Cochrane de 2018 constate une amélioration de la gêne chez les patients équipés, mais les essais disponibles ne permettent pas de démontrer la supériorité de ces dispositifs par rapport à l’absence d’appareil, ni de départager les options entre elles. Faute de données suffisantes, le NICE britannique ne formule pas de recommandation générale sur la thérapie sonore.
Ces pratiques visent la gestion du stress et des émotions associés à l’acouphène. Elles peuvent améliorer le confort de certaines personnes, mais les essais rigoureux spécifiques aux acouphènes restent rares, et les données sont insuffisantes pour établir un effet spécifique et durable sur la perception de l’acouphène. Elles trouvent leur place en complément, jamais à la place d’un bilan médical. Pour en savoir plus : la sophrologie.
Le ginkgo biloba est le remède naturel le plus cité contre les acouphènes. La revue Cochrane la plus récente (2022, 12 essais, 1 915 participants) conclut qu’il pourrait n’avoir que peu ou pas d’effet sur la gêne par rapport à un placebo, avec des preuves de très faible certitude. Pour le zinc, la revue Cochrane de 2016 ne trouve aucune preuve d’amélioration des symptômes chez l’adulte. Le guide de pratique clinique de l’American Academy of Otolaryngology recommande de ne pas proposer le ginkgo biloba, la mélatonine, le zinc ou d’autres compléments alimentaires pour traiter un acouphène persistant.
Un complément « naturel » n’est pas sans risque : certains interagissent avec des traitements en cours, notamment les médicaments qui fluidifient le sang. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’en prendre. Méfiez-vous aussi des produits vendus comme solution aux acouphènes : notre article sur l’Audistim examine un exemple.
Aucune étude de qualité n’a montré d’effet de l’homéopathie ou des huiles essentielles sur les acouphènes. Les huiles essentielles peuvent en outre irriter la peau du conduit : ne versez jamais de préparation dans l’oreille et n’introduisez pas d’objet dans le conduit auditif.
Les études disponibles sont de qualité insuffisante pour conclure. Le guide américain ne formule aucune recommandation, favorable ou défavorable, sur l’acupuncture. Comme la relaxation, ces pratiques peuvent être vécues comme apaisantes, sans effet démontré sur l’acouphène. Voir notre article sur l’auriculothérapie.
Chez certaines personnes, l’acouphène varie avec les mouvements de la mâchoire ou du cou : on parle d’acouphène somatosensoriel. Une prise en charge des tensions cervicales ou de la mâchoire, en lien avec le médecin ou le chirurgien-dentiste, peut alors être discutée. En dehors de cette situation, l’efficacité de l’ostéopathie sur les acouphènes n’est pas établie.
Ail, romarin, infusions, boire davantage d’eau : aucun de ces conseils n’a d’effet démontré sur l’acouphène. Une alimentation équilibrée reste bénéfique pour la santé en général. Pour les promesses de guérison rapide, lire aussi : existe-t-il un remède miracle contre les acouphènes ?
Certaines personnes deviennent aussi très sensibles aux bruits extérieurs : c’est l’hyperacousie, qui nécessite une prise en charge spécifique. Voir notre page appareillage des hyperacousies.
Lorsque l’acouphène s’accompagne d’une perte auditive, même légère, corriger cette perte est souvent le levier le plus concret. En redonnant au cerveau les sons qu’il ne recevait plus, l’aide auditive réduit le contraste entre l’acouphène et l’environnement sonore, et diminue l’effort d’écoute qui fatigue et accentue la gêne. Le guide de pratique clinique américain recommande une évaluation audioprothétique chez les patients ayant un acouphène persistant et gênant associé à une perte auditive documentée. Le NICE britannique recommande l’amplification lorsque la perte auditive gêne la communication, propose de l’envisager lorsqu’elle ne la gêne pas, et déconseille les aides auditives pour traiter un acouphène sans perte auditive. La revue Cochrane sur le sujet souligne que les preuves d’efficacité restent limitées, faute d’essais de qualité : l’appareillage n’est pas une solution universelle, mais une option à évaluer au cas par cas.
Nos propres travaux, menés avec le service ORL de l’hôpital Bicêtre (AP-HP), vont dans le même sens pour des profils particuliers. Dans une étude publiée en 2025 dans le Journal of Clinical Medicine, 40 patients gênés pour comprendre dans le bruit, avec une audition normale ou quasi normale au repos, dont 12 présentaient une perte auditive cachée, ont été appareillés avec des aides auditives à embout ouvert. Leur compréhension dans le bruit et leur qualité de vie se sont nettement améliorées, les appareils ont aussi eu un effet favorable sur les acouphènes des participants, et ceux-ci les portaient en moyenne près de 10 heures par jour. Pour les surdités très asymétriques, une étude publiée en 2024 dans Otology & Neurotology sur le système Tri-CROS actif a observé chez les 8 patients acouphéniques une baisse moyenne du score THI de 45,5 à 31. La première est une cohorte prospective, la seconde une étude rétrospective : elles portent sur de petits effectifs et des populations sélectionnées. Elles ne permettent pas de recommander un appareillage à toute personne ayant un acouphène avec un audiogramme standard normal, et une baisse de seuil entre les fréquences habituellement testées ne démontre pas, à elle seule, une atteinte des synapses de l’oreille interne. Elles montrent en revanche l’intérêt d’une mesure fine de l’audition pour poser une indication au cas par cas. Voir aussi le Tri-CROS actif pour les surdités asymétriques et l’appareillage des surdités cachées.
Les résultats dépendent notamment du choix de l’appareil, du couplage acoustique adapté à la perte auditive, des réglages et du suivi. Un embout ouvert ou ventilé peut être choisi lorsque le profil auditif le permet ; certains appareils intègrent aussi un générateur de bruit, et le réglage est ajusté progressivement au fil des rendez-vous. Une surdité d’un seul côté ou asymétrique doit toujours faire l’objet d’un avis ORL avant l’appareillage.
Nos audioprothésistes sont formés à la prise en charge audioprothétique des acouphènes ; Marc Boulet est formateur dans ce domaine pour le réseau COOPACOU. Après un avis médical, le parcours comprend :
Le détail de notre démarche est présenté sur la page prise en charge des acouphènes. Pour une première orientation, le test acouphènes en ligne aide à évaluer la gêne ressentie ; il ne remplace ni un examen médical ni un dépistage en centre. Les acouphènes ont aussi un coût pour la société et pour les patients, comme le montre l’étude PESA.
Enfin, les associations de patients apportent écoute et information : voir pourquoi faire appel à France Acouphènes. Pour un rendez-vous, trouvez le centre Audition Marc Boulet le plus proche.
Rédaction : Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État, Audition Marc Boulet.
Dernière mise à jour : 29 septembre 2026.
Alain Poudrier dit à 10:46, le 12 août 2026
Ça hypothèque ma vie dans toutes les sphères, ça dure depuis des années et ça devient de plus en plus fort. Donc de plus en plus difficile et agressent. Pour quelqu’un qui aime ecouter de la musique et en jouer de plus! C’est vraiment triste de souffrir d’acouphènes, en sachant que c’est pour le reste de mes jours et ce 24/24,7 jours sur 7 et 365 jours par année. 🥴🤪😡🤬
Marc BOULET dit à 11:33, le 1 octobre 2026
Bonjour Monsieur,
Merci d’avoir partagé ce que vous vivez. Pour quelqu’un qui écoute et pratique la musique, un acouphène permanent est particulièrement éprouvant, et votre lassitude se comprend.
Deux points importants :
– Un acouphène qui s’intensifie mérite un nouvel avis ORL, afin de vérifier votre audition et de rechercher une cause, même si vous avez déjà consulté par le passé.
– La gêne liée à l’acouphène peut diminuer, même lorsque le son lui-même persiste. C’est l’objectif de la prise en charge : agir sur la façon dont le cerveau perçoit l’acouphène et y réagit.
Concrètement, plusieurs approches ont fait leurs preuves :
– La thérapie sonore : l’acouphène s’accompagne très souvent d’une perte auditive, parfois discrète. Lorsqu’elle existe, des aides auditives bien réglées, éventuellement avec générateur de sons, rendent fréquemment l’acouphène moins présent.
– La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), menée par un psychologue ou un médecin formé : c’est l’approche qui dispose du meilleur niveau de preuve pour réduire la détresse liée à l’acouphène.
– Pour la pratique musicale, des protections auditives sur mesure à filtre atténuent le son de façon homogène, sans le déformer, et préservent l’audition restante.
Pour mesurer objectivement le retentissement de vos acouphènes et suivre son évolution, vous pouvez réaliser notre test acouphènes en ligne, fondé sur le questionnaire THI : https://www.audition-marcboulet.fr/test-acouphenes/
Ce test est un outil d’orientation et ne remplace pas un avis médical.
Si la souffrance devient envahissante, n’hésitez pas à en parler à votre médecin. En cas de grande détresse, une écoute est disponible 24 h/24 : le 3114 en France, le 9-8-8 au Canada.
Bien cordialement,
Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État – Audition Marc Boulet
Francis VEREECKE dit à 5:34, le 22 août 2026
Je suis atteins d’acouphènes depuis plus de 10 ans.
Aucune approche médicale n’a fonctionné.
J’ai subis une fracture du crâne il y a plus de quarante ans. Les médecins considère que cela n’a pas de conséquences???
Qu’en pensez-vous.
Marc BOULET dit à 11:31, le 1 octobre 2026
Bonjour Monsieur,
Merci pour votre message. Dix ans d’acouphènes sans soulagement, c’est une épreuve, et nous comprenons votre questionnement.
Concernant la fracture du crâne, nous ne pouvons pas contredire ni confirmer l’avis de vos médecins à distance. D’une manière générale, un traumatisme crânien peut parfois léser l’oreille interne ou les voies auditives ; mais établir un lien avec des acouphènes apparus bien des années plus tard relève d’une analyse médicale de votre dossier. Si ce point vous préoccupe, vous pouvez demander l’avis d’un ORL spécialisé en otologie ou en otoneurologie, en lui apportant vos anciens comptes rendus.
Surtout, quelle que soit l’origine de l’acouphène, il est souvent possible d’en réduire la gêne, même lorsque les approches médicales n’ont pas permis de le faire disparaître :
– L’acouphène s’accompagne très souvent d’une perte auditive, parfois discrète. Lorsqu’elle existe, des aides auditives bien réglées, éventuellement avec générateur de sons intégré, rendent fréquemment l’acouphène moins présent en réintroduisant les sons ambiants.
– La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), conduite par un psychologue ou un médecin formé, est l’approche qui dispose du meilleur niveau de preuve pour réduire la détresse liée à l’acouphène.
Un dépistage auditif avec audiométrie complète permet de savoir si une perte auditive accompagne vos acouphènes et si un appareillage pourrait vous aider : https://www.audition-marcboulet.fr/centres/
Bien cordialement,
Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État – Audition Marc Boulet