« * » indique les champs nécessaires
La myringite est une inflammation du tympan, souvent causée par une infection bactérienne ou virale. Elle se manifeste par une douleur aiguë de l’oreille, parfois associée à une baisse de l’audition ou à un léger écoulement. Contrairement à l’otite moyenne, la myringite touche exclusivement la membrane tympanique, sans atteinte de l’oreille moyenne. Certaines formes, comme la myringite bulleuse, sont particulièrement douloureuses en raison de la formation de bulles inflammatoires sur le tympan. Le diagnostic est clinique et la prise en charge dépend de l’étiologie, allant du traitement symptomatique aux antibiotiques si nécessaire.
La myringite désigne une inflammation aiguë de la membrane tympanique (tympan), le plus souvent d’origine infectieuse (virus ou bactéries). Il s’agit en réalité d’une forme particulière d’otite moyenne aiguë dans laquelle de petites bulles remplies de liquide (vésicules) apparaissent à la surface du tympan. Contrairement à une otite moyenne classique, la myringite atteint surtout le tympan lui-même et n’entraîne pas d’accumulation de pus ou de liquide derrière le tympan dans l’oreille moyenne. Elle se manifeste généralement par une douleur vive de l’oreille et peut causer une baisse temporaire de l’audition ainsi que de la fièvre.
La myringite est le plus souvent provoquée par une infection. Voici les principales causes identifiées :
Les symptômes de la myringite ressemblent à ceux d’une otite aiguë, avec quelques spécificités. Les plus fréquents sont :
Le diagnostic de la myringite est avant tout clinique. Le médecin (généralement un spécialiste ORL) examine l’oreille à l’aide d’un otoscope – un instrument lumineux permettant de visualiser le conduit auditif et le tympan. Cette otoscopie révèle la présence de vésicules (petites bulles translucides ou rouges) à la surface du tympan, ce qui confirme la myringite. Par ailleurs, le médecin vérifie qu’il n’existe pas de liquide derrière le tympan (cavité de l’oreille moyenne) afin d’écarter une otite moyenne purulente classique.
Dans la plupart des cas, l’otoscopie suffit à poser le diagnostic. Si nécessaire, des examens complémentaires peuvent être réalisés pour évaluer les conséquences de l’infection ou identifier le germe en cause. Par exemple, un test auditif (audiométrie) pourra mesurer l’ampleur de la baisse d’audition lorsqu’elle est rapportée. De même, en présence d’un écoulement de l’oreille, un prélèvement du liquide peut être analysé (culture bactériologique) afin de déterminer le microbe impliqué et adapter le traitement. Plus rarement, en cas de complications ou de doute diagnostique, une tympanométrie (examen mesurant la mobilité du tympan) ou des examens d’imagerie de l’oreille seront envisagés.
La prise en charge de la myringite vise à soulager la douleur et à traiter l’infection. Étant donné qu’il est souvent difficile de distinguer une myringite virale d’une myringite bactérienne sur le seul examen, on adopte par précaution un traitement antibiotique associé à un traitement symptomatique antidouleur. Les principaux traitements sont les suivants :
Vue otoscopique du tympan montrant une myringite bulleuse, avec une grosse bulle hémorragique (contenant du sang) déformant la membrane tympanique.
Myringite bulleuse (forme aiguë) – La myringite bulleuse, parfois appelée myringite hémorragique ou « otite grippale », est la forme la plus typique de myringite. Elle correspond à une otite aiguë où le tympan présente des cloques remplies de liquide (dont certaines sanguinolentes) sur sa surface. Cette forme est souvent associée à une infection virale, notamment la grippe, d’où son surnom d’otite grippale. Elle se manifeste par une douleur extrêmement vive à l’oreille, disproportionnée par rapport aux autres otites, et peut s’accompagner d’une baisse notable de l’audition pendant la phase aiguë. À noter que la myringite bulleuse n’est pas une maladie distincte, mais une présentation particulière de l’otite moyenne aiguë – les germes en cause sont les mêmes que dans les otites sans bulles, et le traitement antibiotique est donc identique, adapté selon la situation clinique. La différence majeure réside dans l’aspect du tympan (présence de bulles visibles) et l’intensité de la douleur, souvent plus forte en cas de bulles. Par ailleurs, contrairement aux otites moyennes purulentes, la myringite bulleuse n’entraîne pas d’écoulement de pus derrière le tympan, seulement des vésicules en surface.
Myringite granuleuse (forme chronique) – Il existe aussi des formes chroniques de myringite, beaucoup plus rares, dont la principale est la myringite granuleuse. Cette forme survient généralement après des infections répétées de l’oreille externe et se manifeste tout autrement que la forme bulleuse aiguë. La myringite granuleuse se caractérise par un écoulement persistant de l’oreille (otorrhée chronique) sans douleur notable. Le tympan présente alors non pas des bulles, mais un tissu granuleux rougeâtre (granulations) à sa surface, signe d’une inflammation chronique avec formation de tissu de cicatrisation. Cette forme est indolore et peut durer des semaines ou des mois si elle n’est pas correctement traitée. Elle n’occasionne généralement pas de forte fièvre ni de baisse importante de l’audition, contrairement à la myringite bulleuse aiguë. Le traitement de la myringite granuleuse diffère également : il repose sur des soins locaux prolongés (nettoyage du conduit auditif par un ORL, application de gouttes antibiotiques ou antifongiques pendant plusieurs semaines) plus que sur un traitement antibiotique oral court.
La myringite, en particulier dans sa forme bulleuse aiguë, guérit généralement sans séquelles sous traitement. Cependant, en l’absence de prise en charge adéquate, certaines complications peuvent survenir :
La myringite peut survenir à tout âge, mais certains groupes sont plus à risque. Les jeunes enfants représentent la population la plus touchée : en raison de leur anatomie (trompe d’Eustache plus courte et horizontale) et de la vie en collectivité (crèche, école) propice à la diffusion des virus, ils font davantage d’otites et donc de myringites. Les épisodes de myringite bulleuse surviennent d’ailleurs souvent lors d’épidémies de grippe ou de rhume en hiver. D’autres facteurs peuvent augmenter le risque, comme des antécédents familiaux d’otites, l’exposition d’un enfant à la fumée de cigarette (tabagisme passif) qui favorise les infections ORL, ou encore un déficit immunitaire.
Heureusement, certaines mesures préventives peuvent réduire le risque de myringite ou d’otite en général :
Toutes ces mesures contribuent à diminuer l’incidence des myringites. Bien qu’il soit impossible d’éliminer totalement le risque (surtout chez les jeunes enfants en collectivité), un environnement sain, une bonne hygiène et une prise en charge précoce des infections ORL constituent la meilleure prévention contre la myringite et ses complications.
La myringite aiguë (inflammation de la membrane tympanique) représente une pathologie moins fréquente que l’otite moyenne aiguë (OMA) classique. La forme bulleuse hémorragique, souvent associée aux infections virales hivernales, touche surtout l’enfant d’âge pré-scolaire et scolaire : on l’observe typiquement entre 2 et 8 ans, avec une prédominance masculine chez le jeune enfant. Elle resterait relativement rare chez le nourrisson (environ 5 % des OMA chez les < 2 ans). Une étude a estimé qu’aux États-Unis, ~400 000 cas de myringites bulleuses survenaient chaque année chez l’enfant (sur ~5 millions d’OMA). On note un pic saisonnier en hiver, favorisé par les viroses respiratoires et la dysfonction tubaire en climat froid. Chez l’adolescent et l’adulte jeune, la myringite bulleuse semble un peu plus fréquente chez la femme. Jusqu’à 16 % des patients présentent une atteinte bilatérale simultanée. Par ailleurs, le fait d’avoir présenté une myringite bulleuse pourrait augmenter le risque d’otites moyennes récidivantes ultérieures (risque environ triplé par rapport à une OMA sans bulles).
La myringite granulomateuse (dite aussi myringite granuleuse ou myringite chronique) est une forme rare chez l’enfant, mais constitue chez l’adulte un motif non exceptionnel de consultation ORL pour otorrhée chronique. Elle correspond à une inflammation chronique du tympan limitée à sa couche épithéliale externe, s’apparentant aux otites externes. Elle touche préférentiellement les adultes d’âge moyen, avec une légère prédominance féminine décrite dans certaines séries. Un antécédent de chirurgie de l’oreille (par ex. pose d’aérateurs transtympaniques, myringotomie, tympanoplastie) ou de traumatismes répétitifs du conduit (curetage de cérumen répété) est fréquemment retrouvé, suggérant un rôle déclenchant dans ~80 % des cas pédiatriques.
Définitions : Le terme myringite désigne toute inflammation de la membrane tympanique (MT) limitée à sa face latérale, avec ou sans atteinte du revêtement cutané du conduit auditif externe adjacent. On distingue classiquement des formes aiguës et chroniques. Les myringites aiguës regroupent surtout la myringite bulleuse hémorragique (présence de vésicules ou bulles séreuses/hémorragiques sur le tympan) et certaines myringites virales liées à la grippe (parfois appelées otites grippales). On peut y inclure la myringite fongique (infection mycosique du tympan, souvent par Candida ou Aspergillus) qui reste rare. Les myringites chroniques comprennent la myringite granulomateuse (formation de tissu de granulation à la surface du tympan) et la myringite eczémateuse (liée à une dermatite chronique du tympan, souvent associée à une otite externe eczématiforme).
Myringite aiguë bulleuse : Il s’agit d’une forme particulière d’OMA sans épanchement : l’infection siège au niveau de la membrane tympanique elle-même, sans atteinte initiale de l’oreille moyenne. Elle est le plus souvent d’étiologie virale (virus influenzae de la grippe, VRS, entérovirus, etc.), ce qui lui vaut le nom d’otite phlycténulaire virale dans le contexte grippal. Néanmoins, des agents bactériens peuvent également provoquer des bulles tympaniques inflammatoires ; le plus fréquent est Streptococcus pneumoniae (l’un des principaux pathogènes des OMA). D’autres bactéries impliquées incluent Haemophilus influenzae, Moraxella catarrhalis, Streptococcus pyogenes (groupe A), Staphylococcus aureus ou encore Mycoplasma pneumoniae. Historiquement, M. pneumoniae avait été suggéré comme cause typique de myringite bulleuse chez l’enfant, mais on sait désormais que cette présentation peut survenir au cours de n’importe quelle OMA bactérienne ou virale un peu sévère. La formation de bulles résulte d’un décollement inflammatoire entre les couches épithéliales du tympan, associé à une congestion vasculaire locale. La physiopathologie est proche de celle de l’otite moyenne aiguë : l’infection rhinopharyngée initiale induit une inflammation de la caisse du tympan et de la MT, favorisée par la dysfonction tubaire. Si l’atteinte s’étend à l’oreille moyenne avec épanchement purulent derrière le tympan, on considère qu’il s’agit d’une OMA purulente à part entière (et non plus d’une myringite isolée). Des facteurs traumatiques peuvent exceptionnellement provoquer une myringite aiguë indépendante de toute infection : par exemple une blessure du tympan (coton-tige), un barotraumatisme ou une irritation chimique du conduit peuvent induire une inflammation bulleuse limitée au tympan.
Myringite virale vs bactérienne : Sur le plan lésionnel, la présentation otoscopique est similaire (tympan congestif, bulles séreuses ou sanglantes). Il n’existe pas de critère clinique absolument spécifique de l’étiologie. Néanmoins, on observe généralement que les myringites purement virales (grippales) s’accompagnent d’un état général moins altéré : la fièvre est modérée ou absente et les symptômes durent peu de temps. Au contraire, la présence d’une fièvre élevée, d’une franche hypoacousie associée et d’autres signes généraux (irritabilité, otalgie intense) orientent plutôt vers une cause bactérienne. En pratique, la distinction virale/bactérienne étant difficile cliniquement, elle ne modifie pas la prise en charge initiale (voir Traitements).
Myringite granulomateuse : C’est une inflammation chronique localisée de la couche épithéliale externe du tympan, avec formation de granulations inflammatoires. Par définition, il ne faut pas retrouver d’infection de l’oreille moyenne en regard ; la présence d’une atteinte de l’OM (par exemple une otite chronique) exclut le diagnostic de myringite granulomateuse primitive. La physiopathologie exacte reste mal élucidée. La plupart des auteurs retiennent l’hypothèse d’une agression locale répétée du tympan : microtraumatismes et pertes de substance épithéliales (dûs aux manipulations instrumentales répétées du conduit, à des antécédents de ventilation transtympanique ou de chirurgie) suivis d’une infection localisée sur la surface dénudée. Les agents microbiens identifiés dans les exsudats de myringite granuleuse sont habituellement des bactéries colonisant le conduit : Staphylococcus aureus (y compris SARM) et Pseudomonas aeruginosa sont les plus fréquents. D’autres bacilles Gram-négatifs opportunistes comme Proteus mirabilis sont parfois retrouvés. En réponse à l’infection chronique de surface, un tissu de granulation se développe sur la membrane tympanique. Selon l’étendue, il peut être focal (quelques granulations limitées), segmentaire ou diffus, parfois confluant en véritables plaques polypoïdes sur le tympan. Il s’agit d’un processus purement latéral (côté conduit) sans atteinte de la muqueuse de l’oreille moyenne en profondeur. Aucune atteinte ossiculaire ou mastoïdienne n’est à craindre tant que l’infection reste localisée à la membrane tympanique.
Autres formes : La myringite eczémateuse s’observe dans le contexte de dermatoses chroniques du conduit (eczéma, dermite séborrhéique, psoriasis) pouvant s’étendre à la surface tympanique. La myringite fongique est généralement secondaire à une otite externe mycosique ou otomycose s’étendant au tympan ; Aspergillus niger peut ainsi tapisser la membrane de points noirs caractéristiques, ou Candida albicans entraîner un enduit blanchâtre sur le tympan. Enfin, de petites vésicules tympaniques peuvent survenir dans le zona auriculaire (syndrome de Ramsay-Hunt, dû au virus varicelle-zona) ; on les distingue d’une myringite bulleuse classique par leur contexte (douleurs neurogènes, paralysie faciale associée, atteinte du pavillon).
Le tableau est dominé par l’otalgie aiguë. La douleur d’oreille est souvent violente et à début brutal, plus intense que dans l’OMA catarrhale banale. Elle peut être pulsatîle, parfois insomniante, et irradier vers la région mastoïdienne ou l’occiput. Chez l’enfant, on retrouve fréquemment une irritabilité marquée, des pleurs inconsolables, pouvant faire évoquer d’abord une otite moyenne aiguë classique. La différence est l’absence de véritable hypoacousie dans de nombreux cas : le patient a surtout une sensation d’oreille bouchée, mais sans baisse auditive importante car il n’y a pas d’épanchement entravant la chaîne ossiculaire. Cependant, si les bulles sont volumineuses, elles peuvent rigidifier la membrane et induire une surdité de transmission modérée transitoire. Une fièvre modérée (38–38.5 °C) est fréquente dans les myringites d’origine virale. En cas de cause bactérienne (ex : pneumocoque), la fièvre peut être plus élevée (> 39 °C) et s’accompagner de signes généraux (céphalées, malaise, etc.).
L’otoscopie retrouve un tympan congestif (érythémateux) avec la présence de une ou plusieurs vésicules ou bulles transparentes ou hémorragiques à sa surface. Ces bulles, de taille millimétrique à centimétrique, siègent le plus souvent sur la pars tensa du tympan. Elles peuvent masquer partiellement les reliefs habituels (umbo, manche du marteau) et abolir le reflet lumineux. La membrane paraît épaissie, tendue, mais généralement non bombée (distinguant la myringite sans épanchement d’une OMA purulente où le bombement est franc). On n’observe pas de liquide derrière le tympan, ni de niveau hydroaérique, ce qui confirme l’absence d’épanchement de l’oreille moyenne. En revanche, le contenu des bulles peut être séreux citrin ou franchement sanglant (d’où l’appellation de myringite bulleuse hémorragique lorsque des phlyctènes hémorragiques sont présentes). Lorsque les bulles se rompent, soit spontanément après quelques heures/jours, soit lors de l’examen, il s’ensuit une otorrhée soudaine de liquide clair ou mêlé de sang. Cet écoulement sanglant dans le conduit est évocateur ; il ne s’agit pas à proprement parler d’une perforation tympanique (la bulle siège en surface de la membrane et sa rupture n’ulcère pas toute l’épaisseur du tympan). Le saignement est en général minime et cesse rapidement. La disparition des bulles s’accompagne souvent d’un soulagement notable de la douleur.
En résumé, les signes clés de la myringite bulleuse aiguë sont une otalgie disproportionnée par rapport aux signes otoscopiques, un tympan congestif sans épanchement rétrotympanique mais parsemé de bulles translucides ou sanguines, et un éventuel écoulement sanieux si ces bulles ont crevé.
Cette forme se présente tout différemment. Il s’agit le plus souvent d’une otorrhée chronique traînante, souvent minime mais récidivante, qui motive la consultation. Le patient (souvent adulte) se plaint d’un écoulement auriculaire peu abondant, purulent ou purulent-sanglant, parfois nauséabond, survenant par épisodes entrecoupés de phases quiescentes. Contrairement aux otites moyennes chroniques, ces écoulements ne s’accompagnent généralement pas de franche hypoacousie, car le tympan n’est pas perforé dans la plupart des cas (l’oreille moyenne est saine). On retrouve volontiers une sensation de plénitude de l’oreille ou d’oreille bouchée, et surtout un prurit du conduit auditif externe. L’otalgie est absente ou très modérée : la myringite granuleuse est typiquement peu ou pas douloureuse (à la différence des myringites aiguës).
L’examen au spéculum auriculaire ou idéalement au microscope otologique retrouve un tympan anormal avec des zones de granulations rouges saillantes à sa surface. Ces granulations forment des petits amas de tissu inflammatoire, humides et friables, siégeant le plus souvent dans le quadrant postéro-supérieur du tympan. Parfois, les granulations sont disposées en couronne à la périphérie du tympan (formes dites marginales). Elles peuvent aussi s’étendre sur la totalité de la membrane (formes diffuses), voire déborder légèrement sur la paroi du conduit auditif externe adjacent. On peut confondre visuellement ces granulations avec une otite moyenne chronique mal guérie (présence de polypes ou tissu de granulation passant par une perforation). Toutefois, dans la myringite granulomateuse, il n’y a pas de perforation tympanique franche dans la grande majorité des cas : la membrane est intacte en profondeur (les granulations sont accolées sur sa face externe). Une petite érosion superficielle de la couche épithéliale peut être présente sous les granulations ; on note d’ailleurs que dans certains cas une perforation punctiforme transitoire est visible au sommet d’une plage de granulation, mais elle reste limitée et tend à se refermer spontanément. Il n’y a pas de pus qui s’écoule de l’oreille moyenne à travers le tympan, ce qui distingue la myringite granuleuse d’une otite moyenne chronique perforée.
En résumé, la myringite granulomateuse se manifeste par des otorrhées chroniques indolores, un tympan parsemé de granulations rougeâtres sans perforation évidente, et une atteinte souvent localisée à un quadrant tympanique. Le reste de l’examen ORL est généralement normal (pas de signes nasopharyngés aigus, pas de mastoïdite, etc., puisque c’est une atteinte de surface).
Plusieurs affections auriculaires peuvent ressembler aux myringites ou coexister, et doivent être écartées par un examen attentif :
La prise en charge d’une myringite dépend de sa forme et de sa gravité. En milieu ambulatoire, le premier objectif est le soulagement de la douleur et le traitement d’une éventuelle infection concomitante.
Pour les myringites aiguës bull euses, un traitement symptomatique énergique s’impose compte tenu de l’otalgie intense. Des antalgiques par voie générale seront administrés dès le diagnostic : paracétamol (15 mg/kg) et/ou ibuprofène (10 mg/kg) chez l’enfant, en alternance si besoin, et paracétamol ± codéine ou tramadol chez l’adulte selon l’intensité. Les gouttes auriculaires anesthésiques (type oxybuprocaïne ou lidocaïne en solution otique) peuvent être proposées en complément chez l’enfant de plus d’un an, tant que le tympan est intact. La SFORL recommande leur usage dans les otites congestives ou phlycténulaires (myringites bulleuses) pour leur effet antalgique bref (Grade C) (). On instille quelques gouttes tiédies dans le conduit auditif, le patient restant en décubitus latéral quelques minutes pour laisser agir localement (en pratique, cet effet est de courte durée : 30–60 minutes de répit). On veillera à ne pas les utiliser si une perforation tympanique est évidente (contre-indication en raison du risque ototoxique sur l’oreille interne). Il est également possible de percer les bulles sous vision otoscopique (paracentèse évacuatrice) afin de soulager immédiatement la pression et la douleur. Cette évacuation des bulles, réalisable en consultation avec une aiguille fine, procure souvent un apaisement rapide, mais peut s’avérer délicate chez le jeune enfant non coopérant (dans ce cas, l’incision tympanique peut être faite par un ORL sous courte anesthésie au besoin). Notons que les recommandations pédiatriques françaises considèrent que la paracentèse à visée antalgique n’a pas prouvé son intérêt systématique; elle reste à réserver aux cas de douleurs rebelles aux antalgiques bien conduits.
En parallèle, il est le plus souvent indiqué de mettre en route une antibiothérapie probabiliste, car on ne peut pas d’emblée exclure une origine bactérienne de la myringite (ou la survenue rapide d’une surinfection bactérienne). Ainsi, des antibiotiques couvrant les germes d’otite moyenne sont prescrits d’emblée dans la myringite aiguë, qu’elle soit présumée virale ou non. Les recommandations (SFORL, AAO-HNS, AAP) assimilent en effet la myringite bulleuse à une OMA et préconisent de la traiter comme une otite aiguë classique. Le premier choix est l’amoxicilline par voie générale (80–90 mg/kg/j chez l’enfant, ~3 g/j chez l’adulte) pendant 5 à 10 jours selon l’âge. Ce traitement couvre S. pneumoniae, H. influenzae et la plupart des streptocoques β-hémolytiques, ainsi qu’une partie des infections à M. catarrhalis. En cas d’allergie à la pénicilline, on utilisera un macrolide (azithromycine, clarithromycine) ou une céphalosporine orale de 2^e génération (céfuroxime-axétil). À noter : dans les myringites bulleuses associées à un contexte grippal, certains auteurs proposaient autrefois de privilégier un macrolide (ex : clarithromycine) pour couvrir Mycoplasma. En pratique, toutefois, la majorité des patients, y compris pédiatriques, seront guéris par l’amoxicilline seule ; on ne réserve le macrolide qu’aux échecs ou contextes évocateurs d’infection atypique (pneumonie à mycoplasme associée, etc.). Un contrôle clinique à 48-72h est recommandé : en cas de persistance ou d’aggravation malgré l’antibiothérapie bien menée, une réévaluation s’impose (avec éventuellement paracentèse diagnostique pour culture).
Dans la myringite bulleuse simple, aucun autre traitement spécifique n’a fait la preuve de son efficacité. Les corticoïdes systémiques ne sont pas indiqués en routine (pas de bénéfice prouvé dans l’OMA aiguë simple). Néanmoins, face à une otalgie très intense, certains praticiens peuvent prescrire une courte corticothérapie orale adjuvante (prednisone sur 3 jours) afin de réduire l’inflammation et l’œdème de la muqueuse tubaire, en plus des antibiotiques et antalgiques – cette attitude n’est toutefois pas validée par des recommandations officielles. En revanche, l’instillation d’anti-inflammatoires locaux sur le tympan semble logique une fois les bulles rompues : ainsi, l’application de gouttes auriculaires associant un antibiotique et un corticoïde (par ex. ciprofloxacine + dexaméthasone) peut aider à contrôler l’infection locale tout en réduisant l’inflammation et donc la douleur. Ce traitement local est particulièrement utile si le tympan a été incisé ou que les bulles ont crevé (permettant aux gouttes d’agir sur la surface tympanique). En France, il n’existe pas de spécialité combinant quinolone et corticoïde en une seule goutte auriculaire (); on peut donc utiliser simultanément un collyre de ciprofloxacine en gouttes auriculaires et un corticoïde en solution (ex : bétaméthasone soluble). La durée de ce traitement local est en général de 5 à 7 jours. Enfin, il est impératif de recommander des précautions auriculaires : garder l’oreille au sec tant que la membrane est fragile. Le conduit peut être protégé par une mèche de coton vaseliné lors des douches; la baignade est déconseillée pendant au moins 10-14 jours pour éviter une surinfection externe.
Pour les myringites chroniques granulomateuses, la prise en charge en ville repose sur le traitement local et le suivi des soins d’oreille. Il n’y a pas d’urgence à instaurer une antibiothérapie générale, puisque l’infection est superficielle et que le principal facteur d’entretien est la présence de tissus de granulation. La conduite initiale consiste donc à pratiquer un nettoyage minutieux du conduit et du tympan en consultation ORL : aspiration des sécrétions, débridement délicat des granulations sous vision microscopique, idéalement après avoir instillé un anesthésique local sur le tympan (ou réalisé une petite anesthésie locale du conduit si nécessaire). Ce curetage des granulations est l’étape clé du traitement (). Il peut être fait à l’aide d’une petite curette mousse ou par cautérisation chimique (nitrate d’argent appliqué sur les lésions). L’objectif est de supprimer le réservoir bactérien local et de permettre au tympan de cicatriser. Après ce geste, on instaure une polythérapie locale prolongée : des gouttes auriculaires antibiotiques (ciprofloxacine ou ofloxacine, efficaces contre les staphylocoques et Pseudomonas) associées à un corticoïde (pour diminuer l’inflammation granuleuse) sont administrées quotidiennement pendant au moins 2 semaines (). Par exemple, on peut utiliser 2 x /jour des gouttes d’ofloxacine et 2 x /jour des gouttes de dipropionate de béclométhasone, en alternance, pendant 14 jours. Une autre option rapportée dans la littérature est l’utilisation de solutions acidifiantes du conduit (type vinaigre blanc dilué) pour contrer la colonisation bactérienne : une étude a montré qu’un traitement par instillations de vinaigre dilué permettait un taux de guérison de 96 % des myringites granuleuses, supérieur à celui obtenu par antibiotiques seuls. Ces solutions acidifiées (pH ~4) créent un environnement défavorable aux germes tels que Pseudomonas et favorisent l’assèchement de l’otorrhée. Elles peuvent être utilisées en complément des antibiotiques topiques. Après 2 à 3 semaines de traitement local, on réévalue le tympan : si des granulations subsistent, un nouveau nettoyage/curetage est réalisé. Il n’est pas rare d’avoir à effectuer ainsi plusieurs séances à quelques semaines d’intervalle pour venir à bout d’une myringite granuleuse chronique.
Dans la plupart des cas, les myringites peuvent être traitées en ambulatoire par le généraliste ou l’ORL de ville. Cependant, certaines situations nécessitent une prise en charge hospitalière ou spécialisée :
Enfin, que ce soit en ville ou à l’hôpital, un suivi régulier est important. Pour une myringite aiguë, on contrôle la guérison en 1 à 2 semaines : on s’assure de la disparition des bulles, de la récupération auditive et de l’absence d’épanchement séreux résiduel (un tympanogramme de contrôle peut aider). Pour une myringite chronique, le suivi se fait jusqu’à assèchement complet de l’oreille ; on conseille au patient d’éviter tout traumatisme ou contact avec l’eau à long terme, car ce sont souvent des facteurs de récidive.
Antibiothérapie : Elle est indiquée en première intention dans la myringite bulleuse aiguë, conformément aux recommandations SFORL et AAO-HNS qui la traitent comme une OMA suppurée. L’amoxicilline per os reste le traitement de référence pendant 5 à 10 jours. En cas d’allergie, un macrolide ou cotrimoxazole peuvent être employés. Si une perforation purulente survient (ce qui signe une OMA), la durée d’antibiothérapie sera de 10 jours y compris chez l’adulte. Pour les myringites chroniques sans atteinte de l’oreille moyenne, l’antibiothérapie générale n’est pas systématique. On privilégie les antibiotiques locaux en gouttes (ofloxacine, ciprofloxacine) qui atteignent de fortes concentrations sur le site infecté. Une exception : en cas de myringite granuleuse très étendue ou persistante, certains auteurs préconisent une antibiothérapie orale ciblant les staphylocoques et Pseudomonas en plus du traitement local, ou si possible secondairement aux résultats de prélèvements bactériologiques (par exemple un cycline + rifampicine si SARM, ou un ciprofloxacine per os si Pseudomonas). Quoi qu’il en soit, l’efficacité du traitement topique est prépondérante dans ces formes chroniques ().
Antalgiques et antipyrétiques : Ce sont des piliers du traitement des myringites aiguës. Le paracétamol est utilisé en première intention (15 mg/kg chez l’enfant, 1g x3 chez l’adulte) et l’ibuprofène en relais ou en association si la fièvre ou la douleur ne sont pas contrôlées. Les myringites aiguës étant très douloureuses, il faut anticiper et réévaluer la douleur fréquemment. Chez l’enfant, on expliquera aux parents comment alterner paracétamol et ibuprofène. Chez l’adulte, on peut recourir à des paliers d’antalgiques supérieurs si besoin (codéine, tramadol, voir morphine en court terme à l’hôpital). Les gouttes auriculaires anesthésiques (type lidocaïne) sont un adjuvant utile pendant la phase aiguë hyperalgique (). Leur effet est rapide mais bref, et elles doivent être répétées fréquemment pour un bénéfice durable. On rappellera de ne pas en instiller plus de quelques jours sans avis ORL, en raison du risque d’ototoxicité si le tympan venait à se percer. Dans la myringite chronique, la douleur n’est pas au premier plan, donc les antalgiques ne sont nécessaires qu’en post-acte si un curetage a été douloureux par exemple.
Corticothérapie : Voie générale : comme discuté, les corticoïdes systémiques ne sont pas recommandés en première intention pour une myringite aiguë non compliquée. Ils n’apportent pas d’amélioration significative de l’évolution dans les OMA simples selon les études contrôlées. On peut toutefois envisager une courte corticothérapie orale dans certains cas particuliers (œdème inflammatoire majeur de la muqueuse tubaire empêchant le drainage, otite séreuse post-myringite). Voie locale : en revanche, l’emploi de corticoïdes locaux est fréquent dans le traitement des myringites, surtout chroniques. Dans la myringite granulomateuse, l’association antibiotique + corticoïde en gouttes est le traitement de base après nettoyage (). Les corticoïdes (dexaméthasone, bétaméthasone…) réduisent la réaction inflammatoire et favorisent la régression des granulations. Dans la myringite bulleuse aiguë, l’instillation locale de corticoïde (souvent combiné à l’antibiotique comme vu plus haut) aide également à calmer l’inflammation tympanique et accélère la guérison. On veillera simplement à ne pas prolonger au-delà de 7-10 jours ces instillations pour éviter une atrophie cutanée du conduit.
Traitements locaux (désinfection, soins auriculaires) : Dans la myringite aiguë, hormis l’incision éventuelle des bulles, il n’y a pas de soin local invasif à réaliser en routine. Il faut par contre maintenir le conduit propre et sec. Si une otorrhée s’est déclarée (après rupture de bulle), il est utile de nettoyer délicatement le conduit (mèche fine ou mouche-bébé chez l’enfant) et d’instiller quelques gouttes antiseptiques (par ex. alcool boriqué à 70° ou eau oxygénée diluée) pour assécher l’écoulement. Le port d’une protection auriculaire (coton vaseliné) est conseillé lors des bains/douches jusqu’à guérison. Dans la myringite granulomateuse, les soins de nettoyage réguliers sont fondamentaux : le patient devra consulter toutes les 1 à 2 semaines pour aspirer les sécrétions, retirer les débris de peau et anciennes granulations, jusqu’à ce que le tympan redevienne sain. On peut enseigner au patient ou à son entourage des techniques d’auto-soin douces, par exemple : instiller périodiquement quelques gouttes de sérum physiologique ou de vinaigre dilué dans l’oreille puis drainer en penchant la tête, afin de décoller les sécrétions avant la consultation de contrôle. Éviter l’eau dans l’oreille est crucial sur le long terme pour prévenir les rechutes.
Chirurgie : Elle est rare mais peut être indiquée dans certains cas rebelles. Pour la myringite bulleuse aiguë, la seule chirurgie pertinente est la paracentèse (incision tympanique) en urgence pour soulager la douleur ou évacuer un épanchement si l’OMA s’est constituée. Une mise en place d’aérateurs transtympaniques (diabolos) n’est pas indiquée d’emblée dans les myringites aiguës isolées, sauf otites séreuses persistantes post-infection. Dans la myringite granulomateuse chronique, si le traitement médical local échoue après plusieurs mois et que les récidives d’otorrhée sont incessantes, une tympanoplastie peut être proposée : sous microscope, l’ORL excise la couche superficielle du tympan atteinte (avec les granulations) puis la remplace par une greffe de fascia (technique similaire à la réparation d’une perforation). Cette chirurgie permet de supprimer le terrain d’épithélium pathologique et de ré-épithélialiser un tympan neuf. Les résultats sont généralement bons sur les otorrhées chroniques, même si des récidives ne sont pas impossibles (granulations se reformant en périphérie, surtout si la peau du conduit reste malade). À un stade extrême, lorsque la myringite granuleuse a évolué pendant des années sans traitement, elle peut aboutir à une sténose du conduit auditif nécessitant une reconstruction plus complexe (canaloplastie pour rouvrir le conduit). Heureusement, de telles évolutions sont exceptionnelles à l’époque actuelle.
Une myringite correctement prise en charge évolue généralement vers la guérison sans séquelles. Néanmoins, plusieurs complications peuvent survenir si l’infection est sévère, mal traitée ou récidivante :
En conclusion, les myringites regroupent plusieurs entités inflammatoires du tympan, allant de la fulgurante myringite bulleuse virale (forme aiguë douloureuse mais rapidement résolutive) à la insidieuse myringite granulomateuse (forme chronique à otorrhées récidivantes). Le praticien ORL doit connaître ces différentes formes afin de poser le diagnostic approprié (devant un tympan rouge, sachez chercher bulles ou granulations) et instituer le traitement adéquat. Les dernières recommandations convergent vers une prise en charge centrée sur : le soulagement de la douleur, l’antibiothérapie systématique pour les formes aiguës (comme pour une OMA), et les soins locaux réguliers (nettoyage, gouttes antibiotiques+corticoïdes) pour les formes chroniques (). Grâce à une gestion adaptée, les myringites guérissent sans séquelles dans la grande majorité des cas, et les complications graves sont exceptionnelles de nos jours. Il convient de rester vigilant sur le suivi, notamment pédiatrique, afin de dépister les éventuelles récidives et d’éviter l’évolution vers une otite chronique ou une atteinte auditive.