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L’otospongiose, également appelée otosclérose, est une maladie osseuse localisée de la capsule otique qui provoque la fixation progressive de l’étrier dans la fenêtre ovale. Ce blocage empêche la transmission normale des vibrations sonores vers l’oreille interne et entraîne une surdité de transmission d’aggravation lente, qui peut évoluer vers une surdité mixte lorsque la cochlée est atteinte à son tour. Elle touche surtout l’adulte jeune, deux fois plus souvent les femmes, et débute le plus souvent entre 20 et 40 ans.
Méconnue du grand public, l’otospongiose est pourtant l’une des premières causes de surdité de transmission chez l’adulte. Son diagnostic, posé par le médecin ORL, est généralement simple. Reste la question qui domine presque toutes les consultations : faut-il se faire opérer, et à quel moment ? Il n’existe pas de réponse universelle, mais il existe des critères précis — et des situations où mieux vaut s’abstenir.
Cet article couvre l’ensemble du sujet : mécanisme, épidémiologie, causes, symptômes, diagnostic et diagnostic différentiel, puis les critères de décision opératoire, les contre-indications, les risques à mettre en balance et l’alternative de l’appareillage auditif. Précision utile d’emblée : le diagnostic d’otospongiose et l’indication opératoire relèvent exclusivement du médecin ORL. Chez Audition Marc Boulet, notre rôle se situe en amont et en aval — bilan auditif, essai et réglage d’un appareillage, suivi de l’évolution — pour vous aider à décider en connaissance de cause, puis à vivre au mieux avec le choix retenu.
Cinq points résument l’état des connaissances en 2026.
Le tableau ci-dessous résume les repères de discussion habituellement utilisés en France. Il ne constitue pas un algorithme opératoire et ne remplace pas l’avis de votre ORL : il permet de comprendre sur quoi repose sa recommandation.
| Situation | Orientation habituelle | Pourquoi |
|---|---|---|
| Gap air-os important (souvent > 30 dB), cochlée saine, gêne quotidienne | Chirurgie fréquemment proposée | Gap postopératoire ≤ 20 dB dans environ 90 % des cas dans les séries publiées ; les taux varient selon la technique et le critère retenu |
| Gap air-os intermédiaire (20 à 30 dB), gêne modérée | Discussion ouverte : chirurgie ou appareillage | Les deux options sont considérées comme également appropriées par les sociétés savantes |
| Gap air-os faible (< 20 dB) mais gêne réelle | Chirurgie envisageable après discussion | Une analyse multicentrique de 615 stapédotomies publiée en 2026 ne retrouve ni résultats inférieurs ni complications accrues dans ce sous-groupe[1] |
| Gap air-os faible et gêne minime | Surveillance | Peu de bénéfice fonctionnel attendu à court terme |
| Surdité devenue majoritairement de perception | Appareillage, voire implant | Fermer le gap ne restaurera pas une cochlée abîmée |
| Oreille controlatérale très sourde ou non fonctionnelle | Chirurgie à éviter | Le risque, même inférieur à 1 %, porterait sur la seule oreille utile |
| Grossesse en cours | Report après l’accouchement | Chirurgie élective : on évite l’anesthésie et on réévalue l’audition à distance |
| Doute diagnostique, tableau atypique | Scanner avant toute décision | 10 % des surdités de transmission à tympan normal ne sont pas des otospongioses |
| Patient hésitant ou attentes irréalistes | Différer, appareiller, réévaluer | Une chirurgie non désirée expose au regret et au contentieux |
Ces repères doivent être lus comme des ordres de grandeur, pas comme des règles. Il n’existe pas de seuil audiométrique universel imposant ou interdisant une stapédotomie. Un Rinne audiométrique d’au moins 20 dB constitue historiquement un repère fréquent, mais des données multicentriques récentes montrent que des patients présentant un Rinne inférieur peuvent également obtenir d’excellents résultats, sans augmentation démontrée du risque de complications. Les Clinical Indicators de l’Académie américaine d’ORL mentionnent d’ailleurs un Rinne de 10 à 15 dB comme pouvant contribuer à une indication, en présence d’arguments cliniques concordants. L’indication doit donc intégrer simultanément la gêne fonctionnelle, le Rinne, les seuils en conduction osseuse, l’audition controlatérale, les attentes du patient et l’évaluation du chirurgien otologiste.
Un second point mérite d’être souligné : ne pas opérer n’est pas une non-décision. L’appareillage auditif est aujourd’hui reconnu par la Société Française d’ORL comme par l’Académie américaine d’ORL comme une alternative pleinement légitime, et non comme un pis-aller. Nous y revenons en détail plus bas.
L’otospongiose, aussi appelée otosclérose, est une maladie ostéodystrophique de la capsule otique — la coque osseuse qui entoure l’oreille interne. Chez l’adulte, cet os est normalement l’un des rares du squelette à ne plus se remodeler. Dans l’otospongiose, ce verrou biologique cède : des phases de résorption osseuse active alternent avec la formation d’un os néoformé, spongieux, moins dense et richement vascularisé, appelé foyer otospongieux. En se densifiant secondairement, ce foyer devient sclérosant — d’où le double nom d’otospongiose et d’otosclérose, qui désignent en réalité deux stades d’un même processus.
Les foyers apparaissent préférentiellement au niveau de la fissula ante fenestram, une zone située juste en avant de la fenêtre ovale, avant de gagner la platine de l’étrier qu’ils finissent par immobiliser. On distingue classiquement deux formes anatomiques :
Cette distinction est le cœur de la décision opératoire. La chirurgie de l’étrier ne fait qu’une chose : elle referme le Rinne audiométrique, c’est-à-dire l’écart entre ce que l’oreille interne est capable d’entendre et ce qui lui parvient effectivement. Elle restaure l’audition à hauteur de la capacité résiduelle de la cochlée — pas au-delà. Si la cochlée est intacte, le gain est spectaculaire. Si elle est déjà abîmée, le gain est plafonné.
Comprendre cette mécanique suppose de connaître le rôle des osselets de l’oreille moyenne — marteau, enclume et étrier — qui forment la chaîne de transmission entre le tympan et l’oreille interne, et plus largement le fonctionnement de l’oreille. L’otospongiose est une affection strictement humaine, sans équivalent connu chez les autres mammifères, et l’un des syndromes affectant l’audition les mieux documentés sur le plan génétique.
L’otospongiose représente environ 5 à 9 % de l’ensemble des surdités, et 18 à 22 % des causes de perte d’audition de type transmissionnel. Une distinction est essentielle : l’incidence histologique — des foyers otospongieux découverts fortuitement à l’autopsie chez près de 10 % des sujets caucasiens — est bien supérieure à l’incidence clinique, estimée à 0,3–0,4 % de la population. Autrement dit, la grande majorité des foyers restent silencieux et ne poseront jamais la question d’une opération.
La maladie touche préférentiellement les populations d’origine caucasienne, avec une prévalence clinique de 0,04 % à 1 %, contre environ 0,1 % chez les sujets d’origine africaine et une fréquence encore plus faible en Asie de l’Est. Ces écarts orientent vers une prédisposition génétique liée à l’origine ethnique.
Sur le plan démographique :
Ce profil démographique pèse dans la décision : opérer un patient de 32 ans, c’est lui offrir potentiellement quarante ans d’audition sans appareil, mais c’est aussi l’exposer à un risque sur une durée où une seconde intervention pourra s’avérer nécessaire. Parce qu’elle débute tôt, l’otospongiose fait partie des pathologies à évoquer devant une baisse d’audition inexpliquée chez un adulte jeune : c’est précisément l’une des situations où un jeune adulte doit consulter sans attendre.
L’étiologie exacte reste partiellement élucidée. L’hypothèse dominante est celle d’une maladie multifactorielle : un terrain génétique prédisposant sur lequel viennent agir des déclencheurs hormonaux, immunitaires ou infectieux. Ces mécanismes ne sont pas de simples curiosités académiques : ils conditionnent la vitesse d’évolution, donc le bon moment pour intervenir.
La transmission est classiquement autosomique dominante, à pénétrance réduite (de l’ordre de 40 %) et expressivité variable. Plusieurs loci de susceptibilité (OTSC1 à OTSC8) ont été identifiés dans des familles atteintes. Une étape majeure a été franchie en janvier 2023 avec une méta-analyse pangénomique publiée dans Nature Communications, portant sur 3 504 cas et 861 198 témoins issus de trois biobanques de population, qui a mis en évidence 27 loci associés à l’otospongiose, dont 23 nouveaux, ainsi qu’une confirmation du locus RELN (rééline) et des régions TGFB1, MEPE et OTSC7. Des variants de COL1A1 (collagène de type I), TGFB1 et AGT avaient déjà été impliqués. Ces travaux confirment qu’il s’agit d’un trait complexe multigénique et non d’une mutation isolée, un domaine qui rejoint plus largement celui de la surdité et de la génétique. Les avancées de la thérapie génique appliquée à la surdité laissent entrevoir, à long terme, de nouvelles pistes thérapeutiques — mais rien qui puisse aujourd’hui justifier d’attendre plutôt que de traiter.
La prédominance féminine a longtemps fait suspecter un rôle hormonal direct. Des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone ont effectivement été identifiés dans les tissus otospongieux, et l’hypothèse d’un déséquilibre hormonal stimulant l’activité ostéoclastique via la voie RANK-L a été proposée.
Cette causalité doit toutefois être présentée avec prudence, car la littérature reste contradictoire. Une revue systématique de 2021 portant sur 2 323 femmes atteintes d’otospongiose retrouve une modification de l’audition au cours de la grossesse chez 44 % d’entre elles, dont une aggravation dans 21 % des cas, avec une corrélation statistiquement significative au nombre de grossesses ; ses auteurs concluent néanmoins que l’hétérogénéité des données ne permet pas de formuler d’affirmation absolue. À l’inverse, la task force otologique brésilienne de 2023, fondée sur une revue gradée, conclut que les femmes atteintes d’otospongiose ne présentent pas de risque accru d’aggravation clinique du fait d’une grossesse ou d’une contraception orale.
En l’état, le rôle causal des facteurs hormonaux ne peut être considéré comme démontré de façon robuste.
En pratique, la prescription d’un traitement hormonal chez une patiente otospongieuse ne justifie pas de précaution systématique fondée sur cette seule hypothèse, mais relève comme toujours d’une discussion entre le médecin traitant, le gynécologue et l’ORL.
Des auto-anticorps dirigés contre le collagène de type II ont été retrouvés chez certains patients, de même qu’une expression élevée de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β) dans les foyers actifs. Ce terrain immunologique favoriserait le remodelage osseux anormal. Le lien entre immunité et audition est d’ailleurs bien établi dans d’autres contextes, comme celui de la surdité neurosensorielle associée aux maladies inflammatoires systémiques.
Du génome du virus de la rougeole a été détecté dans les platines d’étriers otoscléreux chez une proportion importante de patients, suggérant qu’une infection virale persistante pourrait servir de déclencheur chez les sujets prédisposés. Un argument épidémiologique fort soutient cette hypothèse : plusieurs pays ayant généralisé la vaccination antirougeoleuse ont observé un recul de l’incidence de l’otospongiose et du nombre d’interventions chirurgicales. La prévention en santé auditive passe ainsi, indirectement, par le maintien d’une couverture vaccinale élevée.
Moins documentés, l’exposition au bruit excessif ou à certaines toxines pourrait moduler le risque, sans qu’aucun lien de causalité formel n’ait été établi à ce jour.
Le tableau habituel est celui d’une surdité de transmission insidieuse, d’abord unilatérale, chez un adulte jeune sans antécédent d’otite et à tympan normal. Reconnaître ces signes tôt est déterminant : c’est la fenêtre pendant laquelle la cochlée est encore intacte, donc celle où la chirurgie donne ses meilleurs résultats. Les premiers signes d’une baisse d’audition sont souvent minimisés pendant des mois, voire des années.
Sans traitement, la perte auditive s’aggrave lentement sur plusieurs années pour atteindre 50 à 60 dB une fois l’étrier totalement ankylosé. Environ un tiers des patients non traités développent une composante de perception additionnelle, avec un déclin moyen de la conduction osseuse de l’ordre de 0,6 à 0,7 dB par an. Il n’existe pas de rémission spontanée : une fois enclenchée, l’ankylose de l’étrier ne se lève jamais d’elle-même.
Cette évolution progressive a des conséquences concrètes sur la vie quotidienne : fatigue d’écoute, retrait des situations de groupe, difficultés professionnelles, tension familiale. C’est très souvent l’accumulation de ces renoncements — et non le chiffre sur l’audiogramme — qui fait basculer la décision.
Aucune décision ne se prend sur la seule impression clinique. Le diagnostic repose sur la corrélation entre l’anamnèse, l’examen otoscopique et les explorations fonctionnelles. Une surdité de transmission bilatérale progressive, à tympans normaux, chez un adulte d’une trentaine d’années, doit systématiquement faire évoquer l’otospongiose — mais évoquer n’est pas conclure. Le parcours de dépistage et de prise en charge des troubles de l’audition associe généralement médecin traitant, ORL et audioprothésiste.
L’audiométrie tonale révèle une surdité de transmission prédominant sur les graves, avec un signe caractéristique : l’encoche de Carhart, une échancrure de la courbe de conduction osseuse centrée vers 2 000 Hz. Il ne s’agit pas d’une atteinte cochléaire réelle mais d’un artefact mécanique, qui régresse après chirurgie — sa présence est d’ailleurs considérée comme un facteur de bon pronostic opératoire. Un masquage rigoureux est indispensable pour éviter le piège de la courbe fantôme, source de fausse surdité de transmission et donc d’indication opératoire erronée.
L’audiométrie vocale montre en général une excellente discrimination, témoin de la bonne santé de la cochlée. C’est un élément décisionnel de premier ordre : une discrimination effondrée signe une atteinte neurosensorielle et réduit d’autant l’intérêt d’une stapédotomie.
La tympanométrie est habituellement normale (courbe de type A ou As), mais les réflexes stapédiens sont abolis du côté atteint. Cette dissociation — tympanométrie normale et réflexes absents — est l’un des arguments les plus évocateurs et l’un des plus simples à obtenir.
Le scanner haute résolution des rochers est l’examen de référence avant chirurgie. Il remplit trois fonctions distinctes : visualiser les foyers de déminéralisation autour de la fenêtre ovale, écarter les diagnostics différentiels, et repérer les variantes anatomiques susceptibles de compliquer le geste — trajet aberrant du nerf facial recouvrant la fenêtre ovale, malformation platinaire exposant à un gusher périlymphatique, platine oblitérative imposant une autre technique. C’est précisément parce que le scanner s’est généralisé que des interventions autrefois inutiles sont aujourd’hui évitées. L’IRM n’est utile que dans des situations particulières, par exemple en cas de suspicion d’otosyphilis.
Environ 10 % des surdités de transmission à tympan normal ne sont pas des otospongioses. Opérer l’une d’elles, c’est faire prendre un risque pour un bénéfice nul. Le tableau ci-dessous résume les principales alternatives à écarter.
| Pathologie | Caractéristiques cliniques | Apport de l’imagerie |
|---|---|---|
| Otospongiose | Surdité de transmission progressive, souvent bilatérale, tympans normaux, réflexes stapédiens abolis | Foyers hypodenses péri-fenêtraux, ankylose de la platine |
| Fixation ossiculaire congénitale | Surdité transmissionnelle dès l’enfance, parfois familiale (liée à l’X) | Malformation de l’étrier, risque de gusher périlymphatique |
| Tympanosclérose post-otitique | Antécédents d’otites chroniques, tympan cicatriciel, surdité non évolutive | Dépôts calcifiés sur les osselets ou le ligament annulaire |
| Traumatisme ossiculaire | Installation brutale après traumatisme crânien ou barotraumatisme | Disjonction ou fracture de la chaîne ossiculaire |
| Déhiscence du canal semi-circulaire supérieur | Autophonie, hypersensibilité aux bruits, vertiges à la pression | Déhiscence osseuse du canal supérieur |
| Maladie de Paget otopathique | Sujet de plus de 50 ans, déformations osseuses diffuses, phosphatases alcalines élevées | Os pétreux hypertrophié, aspect « cotton wool » |
| Otosyphilis | Contexte de syphilis tertiaire, surdité fluctuante, sérologies positives | Rehaussement inflammatoire à l’IRM |
Le syndrome de Minor mérite une mention particulière : cette déhiscence du canal semi-circulaire supérieur crée un écart air-os qui peut simuler à s’y méprendre une otospongiose, alors même que l’étrier est parfaitement mobile. Opérer une telle oreille serait non seulement inutile mais potentiellement délétère. C’est l’illustration la plus nette de la règle : en cas de tableau atypique, le scanner passe avant le bloc opératoire.
Quatre paramètres se combinent pour construire l’indication. Aucun ne suffit à lui seul.
| Critère | Seuil ou repère | Ce que cela change |
|---|---|---|
| Écart air-os (Rinne audiométrique) | Repère fréquent : ≥ 20 dB. Pas de seuil universel — des gaps plus faibles peuvent être opérés avec de bons résultats | C’est la part de surdité sur laquelle la chirurgie peut agir |
| État de la cochlée | Seuils osseux conservés, discrimination vocale élevée | Détermine le plafond du résultat post-opératoire |
| Gêne fonctionnelle ressentie | Retentissement professionnel, social ou familial avéré | Justifie de prendre un risque, même faible |
| Oreille controlatérale | Audition utile de l’autre côté | Conditionne l’acceptabilité du risque de surdité totale |
L’écart air-os est la mesure la plus concrète du bénéfice attendu. Un patient présentant 45 dB de perte aérienne et 10 dB de perte osseuse a un gap de 35 dB : c’est l’ordre de grandeur de ce qu’une stapédotomie réussie peut lui restituer. Un patient présentant 45 dB de perte aérienne et 35 dB de perte osseuse n’a qu’un gap de 10 dB : le gain apporté par l’opération sera nécessairement plus modeste, ce qui ne signifie pas qu’il soit nul.
C’est précisément sur ce dernier point que les pratiques ont évolué. Longtemps, un gap inférieur à 20 dB était considéré comme insuffisant pour justifier une intervention. L’analyse multicentrique de 615 stapédotomies publiée en 2026 montre que les patients opérés avec de petits écarts air-os obtiennent des résultats postopératoires comparables à ceux des patients à grand gap, sans augmentation significative des complications[1]. Le raisonnement se déplace donc du seuil chiffré vers l’évaluation individuelle du rapport entre gêne ressentie et risque accepté.
La chirurgie ne répare pas l’oreille interne. Lorsque la labyrinthisation est engagée, une partie du déficit restera, et un appareillage pourra rester nécessaire après l’intervention — information qui doit impérativement être donnée avant, sous peine de déception. La notion de zone morte cochléaire aide à comprendre pourquoi certaines régions de la cochlée ne répondent plus, ni à l’amplification ni à la restauration mécanique.
Deux patients ayant le même audiogramme peuvent avoir des besoins radicalement différents. Un enseignant, un commercial, un musicien ou un parent de jeunes enfants sont exposés en permanence à des situations d’écoute difficiles ; un travailleur isolé en environnement calme l’est beaucoup moins. Les recommandations françaises et américaines convergent sur ce point : c’est la gêne fonctionnelle, et non le seul chiffre, qui déclenche l’indication.
Chez le sujet jeune et actif, la chirurgie est souvent privilégiée, avec la perspective de se passer d’appareillage sur de longues années — sans garantie absolue, puisqu’une ré-ankylose tardive ou une évolution cochléaire restent possibles. Chez un patient plus âgé, peu gêné, ou porteur de comorbidités anesthésiques, l’appareillage suffit généralement. Il n’existe pas de limite d’âge supérieure formelle : la question est celle de la balance entre l’espérance de bénéfice et le risque anesthésique et chirurgical.
Savoir renoncer fait partie de l’expertise. Voici les situations dans lesquelles la chirurgie doit être écartée ou reportée.
| Situation | Statut | Conduite recommandée |
|---|---|---|
| Oreille unique entendante | Contre-indication forte | Appareillage ; le risque de surdité totale, même < 1 %, est inacceptable |
| Surdité de perception prédominante | Contre-indication relative | Appareillage, ou implant cochléaire dans les formes profondes |
| Grossesse en cours | Report | Chirurgie élective, sans urgence : réévaluer après l’accouchement |
| Infection ORL active, otite en cours | Report | Traiter, puis réévaluer |
| Doute diagnostique ou signes atypiques | Report | Scanner des rochers, réévaluation ORL |
| Attentes irréalistes, patient non convaincu | Report | Essai d’appareillage, nouvelle consultation à distance |
| Gêne minime, gap faible | Abstention | Surveillance audiométrique annuelle |
| Profession très exposée aux variations de pression | Discussion spécifique | Évaluer avec l’ORL les contraintes post-opératoires durables |
C’est la contre-indication la plus consensuelle. Lorsque l’oreille controlatérale n’est plus fonctionnelle, le risque de surdité profonde post-opératoire — pourtant inférieur à 1 % — porterait sur la seule oreille utile du patient. La perte serait alors une cophose complète. Dans cette configuration, l’appareillage est la voie à privilégier sans hésitation.
La stapédotomie étant une chirurgie élective, il est recommandé de ne pas opérer une femme enceinte, sauf situation exceptionnelle : l’intervention peut sans inconvénient être reportée après l’accouchement. Une dégradation auditive survenue pendant la grossesse mérite d’être réévaluée à distance avant toute décision, une partie de l’aggravation pouvant se stabiliser spontanément. En revanche, contrairement à une idée répandue, les données disponibles sont contradictoires et ne permettent pas d’affirmer avec certitude que la grossesse aggrave durablement l’otospongiose.
L’abstention est une option à part entière lorsque la gêne est minime. Elle suppose toutefois un engagement : un contrôle audiométrique régulier, généralement annuel, afin de repérer une éventuelle atteinte cochléaire pendant qu’elle est encore limitée. Une surveillance sans suivi n’est pas une surveillance.
La règle est constante : on n’opère jamais les deux oreilles dans le même temps opératoire. Un accident bilatéral simultané serait catastrophique, et l’oreille non opérée sert de référence auditive pendant la convalescence.
La convention est d’opérer la plus sourde en premier, ce qui maximise le bénéfice perçu tout en préservant l’oreille la plus fonctionnelle. Certains chirurgiens préfèrent commencer par l’oreille dont l’anatomie est la plus favorable au scanner, notamment chez les patients à risque.
L’intervalle entre les deux interventions est d’au moins quelques mois — six mois est un délai fréquemment retenu. Il permet de vérifier la stabilité du résultat, l’absence de complication tardive, et surtout de laisser le patient juger par lui-même du bénéfice avant de s’engager pour la seconde oreille. Un nombre non négligeable de patients, très satisfaits d’un seul côté, choisissent finalement d’appareiller l’autre oreille plutôt que de la faire opérer — décision parfaitement recevable. La question de la stéréophonie, c’est-à-dire de l’écoute binaurale, se pose alors : ce qui compte est que les deux oreilles entendent, quel que soit le moyen.
Le traitement chirurgical de référence vise à lever l’ankylose et à rétablir une chaîne ossiculaire mobile. C’est l’une des interventions les plus satisfaisantes en ORL sur le plan fonctionnel, mais les taux de réussite publiés varient selon les séries, la technique et les critères de mesure. L’analyse multicentrique de 615 stapédotomies parue en 2026 rapporte un écart air-os postopératoire médian de 5 dB[1]. Une revue systématique portant sur 573 patients opérés par voie endoscopique retrouve une fermeture du gap à 20 dB ou moins dans 92 % des cas, et à 10 dB ou moins dans 77 % des cas. Les séries les plus favorables, comme une étude prospective de 41 stapédotomies pédiatriques, atteignent 93 % à 10 dB ou moins et 98 % à 20 dB ou moins. Retenons donc qu’une large majorité de patients obtient une fermeture satisfaisante du gap, sans qu’un chiffre unique puisse être avancé.
La stapédotomie, technique de choix actuelle, consiste à créer un orifice calibré de 0,5 à 0,8 mm dans la platine de l’étrier — au laser ou au micro-perforateur — puis à y insérer une prothèse piston reliant la platine à l’enclume. L’intervention se déroule par voie transcanalaire, sous anesthésie générale courte ou sous anesthésie locale avec sédation, et dure typiquement de trente à soixante minutes.
La stapédectomie, plus ancienne, retire la platine dans son intégralité et la remplace par un greffon veineux ou graisseux obturant la fenêtre ovale. Elle reste réservée aux platines très épaisses (otospongiose oblitérative) ou aux échecs de stapédotomie, car l’ouverture labyrinthique plus large expose davantage aux vertiges prolongés et aux fistules périlymphatiques.
Le choix entre les deux n’appartient pas au patient : il se décide en per-opératoire, en fonction de l’aspect réel de la platine. C’est une information à intégrer avant de signer un consentement.
Un contrôle clinique est réalisé vers le huitième ou dixième jour pour retirer les mèches du conduit, puis une audiométrie de contrôle à un mois et à six mois. Des consignes spécifiques s’appliquent pendant plusieurs semaines : éviter les efforts à glotte fermée, le mouchage vigoureux, le port de charges lourdes et les voyages en avion, afin de ne pas provoquer de fistule ou de déplacement du piston. La plongée sous-marine fait l’objet d’une contre-indication généralement définitive, à discuter avec le chirurgien.
La reprise du sport se fait progressivement, en commençant par les activités sans variation de pression ni impact. Les patients qui conservent un appareillage sur l’oreille controlatérale trouveront des repères pratiques dans notre FAQ sur le sport avec des appareils auditifs.
Plusieurs innovations ont amélioré la précision et la sécurité du geste : le recours au laser (CO₂, KTP, Erbium:YAG) pour une découpe atraumatique de la platine, la chirurgie endoscopique offrant une vision élargie de la niche ovalaire sans grande ouverture du conduit, et l’assistance robotique — encore expérimentale — visant à filtrer le tremblement du chirurgien et à sécuriser un geste qui se joue au dixième de millimètre. Les études comparatives montrent des résultats auditifs équivalents entre laser et micro-perforateur, comme entre voie endoscopique et voie microscopique ; le laser semble en revanche associé à un peu moins de vertiges transitoires.
Aucune décision éclairée n’est possible sans une lecture précise des complications possibles. Elles restent rares en centre expert, mais elles existent, et la chirurgie de l’étrier est l’une des interventions ORL générant le plus de contentieux pour défaut d’information.
| Complication | Fréquence approximative | Évolution habituelle |
|---|---|---|
| Surdité profonde de l’oreille opérée | < 1 % | Définitive — c’est le risque majeur |
| Vertiges post-opératoires | Très fréquents les premières heures | Régressifs en quelques jours à quelques semaines |
| Trouble du goût (corde du tympan) | Environ 10 % | Le plus souvent réversible en quelques mois |
| Gap résiduel > 10 dB | 5 à 10 % | Reprise chirurgicale possible, souvent efficace |
| Déplacement ou extrusion du piston | < 2 % | Reprise chirurgicale |
| Ré-ankylose tardive | Environ 8 % à 10 ans | Plus fréquente après stapédectomie qu’après stapédotomie |
| Paralysie faciale | < 0,5 % | Exceptionnelle, liée à un nerf facial déhiscent |
| Fistule périlymphatique | Rare | Peut nécessiter une reprise |
Les acouphènes constituent un cas ambivalent : la chirurgie les atténue souvent, en réduisant le contraste entre le silence interne et l’environnement sonore, mais elle peut occasionnellement les aggraver ou en induire. Ce point mérite d’être abordé explicitement avec un patient dont l’acouphène est le symptôme dominant. Des approches complémentaires existent, comme les dispositifs de stimulation bimodale du type Lenire. Un nystagmus transitoire peut également être observé dans les suites immédiates, sans gravité dans la grande majorité des cas.
C’est le cœur de la décision. Longtemps considéré comme un second choix, l’appareillage auditif est aujourd’hui une option de première ligne à part entière — et le recul de la chirurgie en France, documenté plus bas, le confirme.
L’appareillage compense efficacement le déficit de transmission tant que la cochlée reste fonctionnelle, en amplifiant préférentiellement les basses fréquences où la perte est la plus marquée. Il joue trois rôles complémentaires : alternative pour les patients non opérables ou non demandeurs, solution d’attente avant une intervention programmée, et solution durable pour l’oreille non opérée.
Chez un patient otospongieux appareillable, l’aide auditive conventionnelle en conduction aérienne constitue l’option non chirurgicale de première intention. Elle compense le déficit de transmission en amplifiant préférentiellement les basses fréquences, et c’est la solution retenue dans la grande majorité des cas — la task force otologique brésilienne de 2023 considère l’aide auditive comme bien indiquée en cas de refus de stapédotomie, et réserve les systèmes implantables à des situations sélectionnées.
Les solutions à conduction osseuse — dispositifs sur bandeau ou serre-tête, systèmes percutanés comme l’Oticon Ponto en version non chirurgicale, implants transcutanés comme la Cochlear Baha ou l’Osia — contournent la chaîne ossiculaire bloquée en stimulant directement l’os temporal. Elles ont une place réelle, mais dans des indications plus étroites : intolérance au conduit auditif, échec ou refus de la conduction aérienne, malformation, ou surdité de transmission majeure insuffisamment compensée. Ce n’est pas la voie standard de l’otospongiose appareillée.
Le profil audiométrique reste l’élément d’orientation central : plus la composante de transmission est importante et la cochlée préservée, plus la conduction osseuse devient pertinente ; à l’inverse, une cochlée altérée oriente vers la conduction aérienne, mieux adaptée à une surdité mixte.
L’évolution audiométrique doit être surveillée dans le temps. Trois paramètres comptent : l’aggravation des seuils en conduction aérienne, l’évolution de l’écart air-os, et surtout une éventuelle dégradation des seuils en conduction osseuse. Cette dernière signe une atteinte cochléaire : elle réduit à la fois l’efficacité de l’appareillage et le bénéfice attendu d’une chirurgie, et justifie une réévaluation de la stratégie thérapeutique.
| Appareillage auditif | Ce qu’il apporte | Ses limites |
|---|---|---|
| Bénéfice fonctionnel | Gain auditif immédiat, réglable au fil de l’évolution | Ne lève pas l’ankylose : la maladie poursuit son cours |
| Sécurité | Aucun risque chirurgical, solution entièrement réversible | — |
| Contraintes | Réglages ajustables à tout moment | Port permanent, entretien régulier |
| Efficacité | Très bonne tant que la cochlée est saine | Moindre en cas de perte cochléaire importante |
| Réversibilité de la décision | Permet de tester avant de s’engager dans la chirurgie | — |
L’appareillage en conduction osseuse est une discipline exigeante : le réglage ne se déduit pas d’un audiogramme aérien, il suppose de raisonner en seuils osseux, en gain fonctionnel et en transmission trans-crânienne. C’est un domaine dans lequel Audition Marc Boulet investit de longue date, jusqu’à la recherche clinique.
Marc Boulet, audioprothésiste et fondateur du réseau, est co-auteur avec l’équipe du service de chirurgie cervico-faciale de l’hôpital Bicêtre (AP-HP, Université Paris-Saclay) d’une étude prospective publiée en 2023 dans European Archives of Oto-Rhino-Laryngology, consacrée aux performances de l’implant à conduction osseuse active Osia chez des patients convertis depuis un système Baha Attract. L’étude documente un gain fonctionnel moyen de 17,2 dB par rapport au Baha 5, des seuils prothétiques maintenus jusqu’à 8 kHz, une compréhension dans le bruit améliorée jusqu’à un rapport signal/bruit inférieur à 1 dB à douze mois, et des scores de qualité de vie en hausse de plus de 20 %. Ces résultats avaient été présentés une première fois au congrès international Osseo 2019 à Miami.
Concrètement, cela signifie que les patients du réseau accèdent à une compétence rarement disponible en centre de proximité : l’évaluation, le réglage et le suivi des dispositifs à conduction osseuse, y compris dans leurs versions implantables, en lien avec les équipes ORL hospitalières qui les posent.
Un argument sous-estimé : l’essai d’appareillage est en soi un outil de décision. Un patient qui découvre, appareillé, tout ce qu’il n’entendait plus, mesure enfin l’ampleur réelle de son déficit — et peut ensuite trancher lucidement entre poursuivre l’appareillage et opter pour la chirurgie. Chez Audition Marc Boulet, cet essai est possible sur prescription médicale.
Le choix du dispositif mérite une évaluation personnalisée : la question du meilleur appareil auditif n’a pas de réponse universelle, elle dépend du profil audiométrique. Pour les patients recherchant une solution discrète, le dispositif Lyric à port permanent peut être envisagé. Les générations récentes d’aides auditives, qui apprennent à s’adapter au fonctionnement du cerveau, ont considérablement réduit l’écart de confort avec une audition naturelle.
Une fois la décision prise, il est utile de connaître les étapes de l’appareillage auditif, du premier essai au suivi à long terme, ainsi que les modalités de prise en charge financière : le dispositif 100 % Santé, qui permet une prise en charge intégrale de certains équipements de classe I sous conditions, et le tiers payant ont considérablement réduit le reste à charge. Apprendre à vivre avec un appareil auditif au quotidien fait pleinement partie de la réussite.
Pour un panorama complet, consultez notre page dédiée aux appareils auditifs et prothèses auditives en voie aérienne.
Un diagnostic d’otospongiose posé par votre ORL et une décision à prendre ? Vous pouvez essayer concrètement l’appareillage auditif avant de trancher. L’essai d’aides auditives, sur prescription médicale, se fait dans l’un des 61 centres Audition Marc Boulet d’Île-de-France et de l’Oise, avec un bilan complet incluant l’analyse du Rinne audiométrique. Trouver le centre le plus proche.
Il n’existe à ce jour aucun traitement médical curatif capable de faire régresser une otospongiose établie. Deux classes de médicaments ont été étudiées pour ralentir la progression cochléaire :
Les données restent limitées et hétérogènes. Une revue systématique publiée dans Cureus en 2023 rapporte que certaines séries observent une stabilisation des seuils auditifs et une amélioration des symptômes vestibulaires ou acouphéniques sous fluorure de sodium ou bisphosphonates administrés plusieurs mois, mais le niveau de preuve demeure insuffisant pour recommander un traitement pharmacologique systématique de l’otospongiose. La task force otologique brésilienne de 2023 conclut également que le traitement médicamenteux apporte peu de bénéfice. Ces traitements restent réservés à des cas particuliers de cochléarite otoscléreuse évolutive, en complément d’une autre stratégie. Des pistes expérimentales (dénosumab, inhibiteurs de cathepsine K) sont explorées pour cibler directement le remodelage osseux, mais aucune n’a fait l’objet d’un essai clinique de grande envergure dans cette indication. En pratique, chez un patient dont la perte auditive nécessite une correction, aucun traitement médicamenteux validé ne constitue aujourd’hui une alternative démontrée à la chirurgie ou à l’appareillage. C’est une limite structurelle du traitement de la surdité liée à l’otospongiose.
Dans les formes très évoluées avec surdité mixte sévère, lorsque ni l’appareillage ni la stapédotomie n’apportent de bénéfice suffisant, les implants d’oreille — implant cochléaire ou implant d’oreille moyenne actif — constituent une solution de recours. Les résultats sont comparables à ceux obtenus dans les autres étiologies de surdité profonde.
Deux difficultés propres à l’otospongiose avancée doivent toutefois être anticipées : l’ossification cochléaire, qui complique l’insertion des électrodes et peut imposer un forage, et la stimulation anormale du nerf facial par le courant, qui exige des réglages fins. C’est un argument fort pour ne pas trop retarder l’implantation lorsqu’elle devient l’option la plus pertinente — autrement dit, la question du bon moment se pose ici aussi.
Une donnée française souvent ignorée éclaire directement la décision. Une étude rétrospective menée par l’équipe ORL de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à partir des données nationales du PMSI montre que le nombre de chirurgies de l’étrier réalisées en France est passé de 4 268 actes en 2013 à 3 007 en 2022, soit une baisse de près de 30 % en dix ans. Parallèlement, la proportion d’interventions assistées par laser est passée de 42 % à 61 %.
Plusieurs facteurs expliquent ce recul : une possible diminution de l’incidence de la maladie liée à la vaccination antirougeoleuse, les progrès des aides auditives combinés au remboursement intégral via le 100 % Santé, l’affinement diagnostique permis par le scanner qui évite des interventions inutiles, la baisse démographique des ORL chirurgiens — de 2 973 en 2002 à 2 441 en 2023 — et le report vers l’implant cochléaire dans les formes avancées. L’année 2020 a par ailleurs marqué une chute brutale des actes, avec un rattrapage seulement partiel. Nous consacrons un article détaillé à ce recul de la chirurgie de l’otospongiose en France, qui s’inscrit dans un contexte plus large de santé publique auditive.
Pour le patient, trois conséquences pratiques :
| Stratégie | Indication principale | Avantage clé | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Surveillance simple | Gêne auditive minime, gap faible | Aucun risque, décision différée | Risque de progression à vitesse imprévisible ; suivi audiométrique régulier indispensable |
| Appareillage auditif | Non-candidat à la chirurgie, refus opératoire ou attente | Non invasif, réversible, gain immédiat | Ne traite pas la cause |
| Traitement médical | Forme active à composante cochléaire évolutive | Action systémique sur les deux oreilles | Preuves d’efficacité limitées |
| Stapédotomie | Surdité de transmission ou mixte avec gêne fonctionnelle, cochlée suffisamment fonctionnelle ; indication individualisée, sans seuil audiométrique universel | Fermeture satisfaisante du gap dans une large majorité des cas | Risque chirurgical rare mais réel |
| Stapédectomie | Platine oblitérative ou échec de stapédotomie | Traite les cas inaccessibles à la stapédotomie | Plus de vertiges, risque de fistule, plus de ré-ankylose |
| Implant cochléaire | Surdité profonde bilatérale évoluée | Restaure une audition fonctionnelle | Chirurgie lourde, suivi à vie |
Les sociétés savantes convergent pour considérer l’appareillage auditif et la chirurgie comme deux options également appropriées face à une surdité de transmission par otospongiose. Le choix dépend du degré de gêne, de l’état de l’oreille controlatérale, de l’âge et des préférences du patient.
Une consultation préparée est une consultation utile. Voici les questions qui structurent le mieux la décision.
Cette dernière question est souvent la plus éclairante : elle oblige à expliciter la vitesse d’évolution attendue et donc le coût réel de l’attente.
Seuils opératoires. La publication la plus importante à ce jour sur la question du bon moment est une analyse multicentrique de 615 stapédotomies parue en août 2026 dans European Archives of Oto-Rhino-Laryngology, associant des équipes italiennes et le service ORL de la Pitié-Salpêtrière (Sterkers, Bernardeschi). L’écart air-os postopératoire médian est de 5 dB, et les patients opérés avec un gap préopératoire faible obtiennent des résultats comparables à ceux opérés avec un gap important, sans augmentation significative des complications. Les auteurs concluent que ces données remettent en question les indications fondées sur des seuils rigides et plaident pour une approche individualisée.
Génétique. Les travaux récents confirment l’implication polygénique de la maladie (27 loci identifiés en 2023) et l’excellent pronostic de la chirurgie moderne. Les taux de fermeture du gap varient de 57 à 93 % selon les séries et les critères retenus, ce qui invite à la prudence face aux chiffres uniques souvent avancés. Une étude polonaise de suivi à dix ans met en évidence un taux de ré-ankylose d’environ 8 %, plus fréquent après stapédectomie qu’après stapédotomie — ce qui confirme l’intérêt de cette dernière en première intention et justifie un suivi audiométrique prolongé.
Sur le plan pharmacologique, les essais sur le fluorure de sodium et les bisphosphonates restent peu concluants. Les comparaisons entre laser et micro-perforateur, comme entre endoscopie et microscopie, ne montrent pas de différence significative sur le gain auditif final. Des analyses coût-efficacité concluent que chez l’adulte jeune, compte tenu d’un taux de succès élevé et d’un risque grave inférieur à 1 %, la chirurgie reste souvent l’option la plus rentable à long terme — un argument qui pèse moins depuis la généralisation du 100 % Santé sur l’appareillage.
L’otospongiose reste rarissime avant 15 ans, mais des cas juvéniles sont documentés, avec des résultats de stapédotomie chez l’adolescent comparables à ceux de l’adulte — de l’ordre de 85 à 90 % de fermeture du gap. Le débat porte moins sur la faisabilité que sur l’opportunité.
Deux positions coexistent : opérer tôt, au motif qu’une otospongiose juvénile peut être plus évolutive et que la scolarité pâtit directement du déficit auditif ; ou attendre la fin de la croissance et l’expression d’une demande claire de l’adolescent lui-même. En France, la rareté des cas ne permet pas d’établir de recommandation formelle : la tendance est de privilégier d’abord l’appareillage auditif et de n’envisager la chirurgie qu’autour de 15-16 ans, en fonction de la gêne exprimée et de la motivation du patient. Le suivi de l’audition de votre enfant par un professionnel reste essentiel dès les premiers signes de gêne, quelle qu’en soit la cause.
La Société Française d’ORL insiste sur quatre points. Un bilan complet doit précéder toute décision thérapeutique, avec recours au scanner en cas de signe atypique. L’information du patient sur les risques chirurgicaux doit être exhaustive et tracée. L’appareillage auditif doit être proposé systématiquement, comme alternative ou comme complément. Enfin, une seule oreille doit être opérée à la fois, avec un suivi audiométrique prolongé, une ré-ankylose tardive restant possible.
L’Académie américaine d’ORL publie de son côté des Clinical Indicators pour la stapédectomie et la stapédotomie, qui retiennent notamment une moyenne des seuils aériens d’au moins 25 dB et mentionnent qu’un écart air-os de 10 à 15 dB peut contribuer à l’indication en présence d’arguments cliniques concordants. La task force otologique brésilienne de 2023, plus récente et fondée sur une revue systématique gradée, indique que l’aide auditive est bien indiquée chez le patient qui ne souhaite pas être opéré, que les systèmes implantables doivent être réservés à des cas rares et sélectionnés, et que l’implant cochléaire s’adresse aux surdités profondes. En France, ces recommandations s’articulent avec les référentiels de la Haute Autorité de Santé sur la prise en charge des surdités et les conditions de remboursement de l’Assurance Maladie.
L’animateur Frédéric Lopez a choisi de parler publiquement de sa perte d’audition liée à l’otospongiose, après avoir longtemps souhaité garder ce sujet privé. Opéré de l’oreille droite en 2019 sans succès complet, il a perdu l’audition de ce côté et ne conserve qu’environ la moitié de ses capacités auditives de l’autre oreille, tout en vivant avec des acouphènes permanents. Pour un professionnel dont le métier consiste à écouter et à rebondir sur la parole de ses invités, la contrainte est majeure.
Son parcours illustre une réalité que la statistique ne dit pas : les 5 à 10 % d’échecs relatifs concernent des personnes réelles. C’est précisément pourquoi le consentement doit être éclairé et les attentes calibrées. En en parlant ouvertement, il contribue par ailleurs à déstigmatiser le port d’un appareil auditif, encore trop souvent associé — à tort — à la vieillesse.
La chroniqueuse Valérie Benaïm a également évoqué son otospongiose à son retour à l’antenne. D’autres personnalités ont, au fil du temps, été associées publiquement ou biographiquement à cette pathologie : le compositeur Ludwig van Beethoven, l’industriel Howard Hughes, le chanteur Frankie Valli, ou encore Adam Savage. Ces exemples illustrent qu’une otospongiose identifiée et prise en charge — opérée ou appareillée — n’empêche pas de mener une vie professionnelle et personnelle pleinement épanouie.
Le diagnostic de l’otospongiose et l’indication opératoire relèvent exclusivement du médecin ORL, seul habilité à confirmer la pathologie par l’examen clinique, l’audiométrie complète et, si nécessaire, l’imagerie. Notre rôle d’audioprothésistes est complémentaire, et il s’exerce à trois moments distincts du parcours. Peu de pathologies mobilisent autant l’audioprothésiste avant, pendant et après une chirurgie : l’otospongiose en fait partie, et nos équipes y sont spécifiquement formées.
Nous réalisons une évaluation audiométrique complète : audiométrie tonale en conduction aérienne et osseuse pour objectiver le Rinne fréquence par fréquence, audiométrie vocale dans le silence et dans le bruit, tympanométrie avec recherche des réflexes stapédiens. Ces éléments sont transmis à votre ORL, qui pose l’indication.
Un point souvent négligé mérite d’être souligné : ces mesures constituent votre référence chiffrée avant l’opération. Sans elles, le gain réellement obtenu après la chirurgie ne pourra être qu’estimé, jamais mesuré. C’est aussi ce qui permet, plus tard, de distinguer un résultat opératoire insuffisant d’une évolution naturelle de la maladie.
L’essai d’appareillage est en soi un outil de décision. Sur prescription médicale, il permet de découvrir concrètement ce que l’on n’entendait plus — et de mesurer l’ampleur réelle du déficit avant de trancher entre chirurgie et appareillage. Beaucoup de patients hésitants décident après cet essai, dans un sens ou dans l’autre, mais en connaissance de cause.
Enfin, l’attente entre la décision et l’intervention dure fréquemment plusieurs mois. Un appareillage transitoire ne compromet en rien la chirurgie à venir et évite de traverser cette période en privation auditive.
Les surdités de transmission répondent particulièrement bien à l’amplification : la cochlée étant préservée, la marge de gain est large et les distorsions limitées. Le réglage diffère toutefois sensiblement de celui d’une surdité de perception — besoin de gain marqué dans les graves, dynamique confortable, gestion différente de la compression. Un appareillage en voie aérienne correctement réglé donne dans ces conditions des résultats souvent remarquables.
Lorsque la voie aérienne ne convient pas — intolérance du conduit, surdité de transmission majeure insuffisamment compensée, oreille non appareillable —, la conduction osseuse prend le relais, dans ses versions non chirurgicales comme implantables. C’est notre domaine d’expertise documenté, détaillé plus haut. Les implants auditifs constituent le recours des formes les plus évoluées.
L’audition ne se stabilise pas immédiatement après une stapédotomie : elle évolue pendant plusieurs mois, le temps que l’œdème régresse et que l’oreille moyenne récupère. Nous ne figeons donc jamais un réglage définitif dans les semaines qui suivent l’opération. Le suivi procède par ajustements successifs, en coordination avec le chirurgien, jusqu’à stabilisation.
Trois situations post-opératoires relèvent spécifiquement de notre intervention :
Une otospongiose évolutive continue par ailleurs de progresser après l’opération. La réévaluation périodique n’est pas une formalité administrative : elle conditionne l’adaptation de l’amplification dans le temps et permet de repérer une atteinte cochléaire pendant qu’elle est encore limitée.
Les acouphènes accompagnent l’otospongiose chez plus d’un patient sur deux et ne disparaissent pas systématiquement après chirurgie. Lorsqu’ils persistent, notre prise en charge dédiée aux acouphènes s’articule avec l’appareillage.
Les surdités très asymétriques, fréquentes dans les formes unilatérales évoluées ou après un échec opératoire, relèvent des systèmes CROS et BiCROS : c’est le champ de notre appareillage des cophoses unilatérales, sur lequel nous avons également présenté des travaux en congrès.
Tous les audioprothésistes du réseau sont formés à l’appareillage spécifique des surdités liées à l’otospongiose, avant ou après une éventuelle intervention, et orientent systématiquement vers un médecin ORL en cas de doute diagnostique ou de besoin d’avis spécialisé.
Que vous soyez en attente d’une intervention, en suivi post-opératoire ou en réflexion sur une alternative à la chirurgie, nos audioprothésistes vous reçoivent dans l’un de nos 61 centres auditifs en Île-de-France et dans l’Oise. Le premier rendez-vous permet de faire le point et de définir la stratégie adaptée, en lien avec votre ORL — le déroulement complet est décrit dans les étapes de l’appareillage. Si vous hésitez sur le moment, notre page quand consulter un audioprothésiste répond aux questions les plus fréquentes.
Recommandations et référentiels
Rédaction : Marc Boulet, audioprothésiste diplômé d’État, Audition Marc Boulet.
Dernière mise à jour : 23 août 2026.
Une baisse d'audition qui s'installe lentement, d'abord d'un seul côté, chez un adulte jeune sans antécédent d'otite. Elle porte d'abord sur les sons graves. Trois signes complémentaires sont évocateurs : des acouphènes, présents chez 50 à 60 % des patients sous forme d'un bourdonnement grave ; une instabilité discrète plutôt que de vrais vertiges ; et surtout la paracousie de Willis, cette impression paradoxale de mieux comprendre dans le bruit que dans le calme. Ce signe est classiquement décrit dans l’otospongiose, mais il n’est ni constant ni spécifique. Le mécanisme est détaillé dans notre FAQ sur la surdité de transmission.
L’otospongiose entraîne le plus souvent une surdité de transmission ou mixte. Dans certaines formes cochléaires évoluées, elle peut toutefois conduire à une perte auditive neurosensorielle sévère ou profonde, mais elle ne s'arrête pas seule : il n'existe aucune rémission spontanée. Sans prise en charge, la perte auditive atteint généralement 50 à 60 dB une fois l'étrier complètement immobilisé. Un point mérite attention : environ un tiers des patients non traités développent en plus une atteinte de l'oreille interne, avec un déclin de la conduction osseuse de l'ordre de 0,6 à 0,7 dB par an. C'est cette part-là qui est irréversible, et c'est précisément ce qui rend le délai de décision important.